( 18 février, 2015 )

Maurice Carême ((1899-1978)

Après avoir été instituteur il se consacre à la poésie. Il est bien connu des écoliers pour qui il a écrit une large part de son œuvre. Dans une langue classique et dépouillée, il chante la joie de vivre.

 

La tour Eiffel

Maurice Carême ((1899-1978) 51730707

La souris de Paris 

 

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La simplicité du vocabulaire permet aux plus jeunes une compréhension aisée.

C’est un auteur que je connais bien, car j’ai appris de nombreuses poésies en primaire.

 

( 18 février, 2015 )

Paul Eluard (1895-1952) Surréalisme

Il a participé à toutes les aventures poétiques du siècle : Dada, le surréalisme. En 1927, il adhère au parti communiste et dès 1933 s’engage contre le fascisme. Après la défaite de 1940, il entre dans la résistance et écrit le poème Liberté. Citron parmi ses œuvres : Capitale de la douleur, L’amour le poésie, Donner à voir, Poésie ininterrompue.

Paul Eluard (1895-1952) Surréalisme  29935416

 

Rêve

Petit jour

Je rentre

La tour Eiffel est penchée

Les ponts tordus

Tous les signaux crevés

Dans ma maison en ruines

Chez moi

Plus un livre

Je me déshabille.  

 

Courage

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C’est l’air pur c’est le feu
C’est la beauté c’est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d’une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme une épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l’injustice
Pour toi c’est le seul désordre
Tu vas te libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s’allume en nos veines
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d’entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre coeur
Et c’est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L’espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S’ils ont compris
S’ils sont capables de comprendre
Vont se lever.

interligne

 

 Dans Paris

 

Dans Paris il y a une rue;
dans cette rue il y a une maison;
dans cette maison il y a un escalier;
dans cet escalier il y a une chambre;
dans cette chambre il y a une table;
sur cette table il y a un tapis;
sur ce tapis il y a une cage;
dans cette cage il y a un nid;
dans ce nid il y a un œuf;
dans cet œuf il y a un oiseau.
L’oiseau renversa l’œuf; l’œuf renversa le nid;
le nid renversa la cage; la cage renversa le tapis;
le tapis renversa la table; la table renversa la chambre;
la chambre renversa l’escalier; l’escalier renversa la maison
la maison renversa la rue; la rue renversa la ville de Paris.

 

Je trouve ces poèmes de Paul Eluard court et simple. J’aime particulièrement le dernier qui je trouve est agréable à lire et très surréaliste. 

( 18 février, 2015 )

Blaise Cendras (1887-1961) Inclassable du XXe

Né dans le Jura suisse, il part pour la Russie à dix-sept ans. En 1911, il est à New York d’où il rapporte Les Pâques à New York. Grand voyageur, ébloui par la beauté du monde, il est avant tout poète et auteur de nombreux romans. Citons, L’Or, Bourlinguer, Moravagine …

Blaise Cendras (1887-1961) Inclassable du XXe cendrars

 

 Contrastes

Les fenêtres de ma poésie sont grand’ouvertes sur les boulevards et dans ses vitrines 
Brillent 
Les pierreries de la lumière 
Écoute les violons des limousines et les xylophones des linotypes 
Le pocheur se lave dans l’essuie-main du ciel 
Tout est taches de couleurs 
Et les chapeaux des femmes qui passent sont des comètes dans l’incendie du soir 

L’unité 
Il n’y a plus d’unité 
Toutes les horloges marquent maintenant 24 heures après avoir été retardées de dix minutes 
Il n’y a plus de temps. 
Il n’y a plus d’argent. 
À la Chambre 
On gâche les éléments merveilleux de la matière première 

Chez le bistro 
Les ouvriers en blouse bleue boivent du vin rouge 
Tous les samedis poule au gibier 
On joue 
On parie 
De temps en temps un bandit passe en automobile 
Ou un enfant joue avec l’Arc de Triomphe… 
Je conseille à M. Cochon de loger ses protégés à la Tour Eiffel. 

Aujourd’hui 
Changement de propriétaire 
Le Saint-Esprit se détaille chez les plus petits boutiquiers 
Je lis avec ravissement les bandes de calicot 
De coquelicot 
Il n’y a que les pierres ponces de la Sorbonne qui ne sont jamais fleuries 
L’enseigne de la Samaritaine laboure par contre la Seine 
Et du côté de Saint-Séverin 
J’entends 
Les sonnettes acharnées des tramways 

Il pleut les globes électriques 
Montrouge Gare de l’Est Métro Nord-Sud bateaux-mouches monde 
Tout est halo 
Profondeur 
Rue de Buci on crie L’Intransigeant et Paris-Sports 
L’aérodrome du ciel est maintenant, embrasé, un tableau de Cimabue 
Quand par devant 
Les hommes sont 
Longs 
Noirs 
Tristes 
Et fument, cheminées d’usin

 

 Tour

Castellamare
Je dînais d’une orange à l’ombre d’un oranger
Quand, tout à coup…
Ce n’était pas l’éruption du Vésuve
Ce n’était pas le nuage de sauterelles, une des dix plaies d’Egype
Ni Pompéi
Ce n’était pas les cris ressuscités des mastodontes géants
Ce n’était pas la trompette annoncée
Ni la grenouille de Pierre Brisset
Quand, tout à coup,
Feux
Chocs
Rebondissements
Etincelle des horizons simultanés
Mon sexe
              O Tout Eiffel !
Je ne t’ai pas chaussée d’or
Je ne t’ai pas fait danser sur les dalles de cristal
Je ne t’ai pas vouée au Python comme une vierge de Carthage
Je ne t’ai pas revêtue du péplum de la Grèce
Je ne t’ai jamais fait divaguer dans l’enceinte des menhirs
Je ne t’ai pas nommée Tige de David ni Bois de la Croix
Lignum Crucis
              O Tour Eiffel
Feu d’artifice géant de l’Exposition Universelle !
Sur le Gange
A Bénarès
Parmi les toupies onanistes des temples hindous
Et les cris colorés des multitudes de l’Orient
Tu te penches, grâcieux palmier !
C’est toi qui à l’époque légendaire du peuple hébreu
Confondis la langue des hommes
O Babel !
Et quelque mille ans plus tard, c’est toi qui retombais en langues de feu
Sur les Apôtres rassemblés dans ton église
En pleine mer tu es un mât
Et au Pôle Nord
Tu resplendis avec toute la magnificence de l’aurore boréale de ta télégraphie sans fil
Les lianes s’enchevêtrent aux eucalyptus
Et tu flottes, vieux tronc, sur le Mississipi
Quand
Ta gueule s’ouvre
Et un caïman saisit la cuisse d’un nègre
En Europe tu es comme un gibet
(je voudrais être la tour, pendre à la Tour Eiffel !)
Et quand le soleil se couche derrière toi
La tête de Bonnot roule sous la guillotine
Au coeur de l’Afrique c’est toi qui cours
Girafe
Autruche
Boa
Equateur
Moussons
En Australie tu as toujours été tabou
Tu es la gaffe que la capitaine Cook employait pour diriger son bateau d’aventuriers
O sonde déleste !
Pour le simultané, Delaunay à qui je dédie ce poème,
Tu es le pinceau qu’il trempe dans la lumière
Gong tam-tam sanzibar, bête de la jungle rayon-X, express bistouri symphonie
Tu es tout
Tour
Dieu antique
Bête moderne
Spectre solaire
Sujet de mon poème
Tour
Tour du monde
Tour en mouvement

( 18 février, 2015 )

André Salmon (1881-1969)

Ami d’Apollinaire et de Paul Fort, il s’engage dans l’aventure de l’art moderne avec Picasso et les cubistes, entraînant la poésie vers le fantastique qui naît du contact avec la réalité quotidienne. Citons de lui Carreaux, et Souvenirs sans fin. 

André Salmon (1881-1969) AVT_Andre-Salmon_2393

 

-Rue Saint Jacques

- Un poète se promène 

( 18 février, 2015 )

Guillaume Apollinaire (1880-1918) Inclassable du XXe

Fils d’un Italien et d’une Polonaise. Précepteur outre-Rhin, et voyageur, il composa la célèbre Chanson du mal-aimé. Proche des cubistes, il consacra sa vie à la poésie et à la critique d’art. Alcools, 1913, marque le début de la poésie du XXème siècle.

Guillaume Apollinaire (1880-1918) Inclassable du XXe

 

Le musicien de Saint-Merry

J’ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
Ils passent devant moi et s’accumulent au loin
Tandis que tout ce que j’en vois m’est inconnu
Et leur espoir n’est pas moins fort que le mien

Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres
Je chante le joie d’errer et le plaisir d’en mourir

Le 21 du mois de mai 1913
Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
Des millions de mouches éventaient une splendeur
Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-le-Boucher
Jeune l’homme était brun et de couleur de fraise sur les joues
Homme Ah! Ariane
Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
Il s’arrêta au coin de la rue Saint-Martin
Jouant l’air que je chante et que j’ai inventé
Les femmes qui passaient s’arrêtaient près de lui
Il en venait de toutes parts
Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent à sonner
Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine
Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc
Puis saint-Merry se tut
L’inconnu reprit son air de flûte
Et revenant sur ses pas marcha jusqu’à la rue de la Verrerie
Où il entra suivi par la troupe des femmes
Qui sortaient des maisons
Qui venaient par les rues traversières les yeux fous
Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur
Il s’en allait indifférent jouant son air
Il s’en allait terriblement

Puis ailleurs
À quelle heure un train partira-t-il pour Paris

À ce moment
Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades
En même temps
Mission catholique de Bôma qu’as-tu fait du sculpteur

Ailleurs
Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparait à travers Pützchen
Au même instant
Une jeune fille amoureuse du maire
Dans un autre quartier
Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs

En somme ô rieurs vous n’avez pas tiré grand-chose des hommes
Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur misère
Mais nous qui mourons de vivre loin l’un de l’autre
Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de marchandises

Tu pleurais assise près de moi au fond d’un fiacre

Et maintenant
Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement
Nous nous ressemblons comme dans l’architecture du siècle dernier
Ces hautes cheminées pareilles à des tours
Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus le sol

Et tandis que le monde vivait et variait

Le cortège des femmes long comme un jour sans pain
Suivait dans la rue de la Verrerie l’heureux musicien

Cortèges ô cortèges
C’est quand jadis le roi s’en allait à Vincennes
Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris
Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine
Quand l’émeute mourait autour de Saint-Merry

Cortèges ô cortèges
Les femmes débordaient tant leur nombres était grand
Dans toutes les rues avoisinantes
Et se hâtaient raides comme balle
Afin de suivre le musicien
Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine
Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise
Et toi Colette et toi la belle Geneviève
Elles ont passé tremblantes et vaines
Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la cadence
De la musique pastorale qui guidait
Leurs oreilles avides

L’inconnu s’arrêta un moment devant une maison à vendre
Maison abandonnée
Aux vitres brisées
C’est un logis du seizième siècle
La cour sert de remise à des voitures de livraisons
C’est là qu’entra le musicien
Sa musique qui s’éloignait devint langoureuse
Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée
Et toutes y entrèrent confondues en bande
Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles
Sans regretter ce qu’elles ont laissé
Ce qu’elles ont abandonné
Sans regretter le jour la vie et la mémoire
Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la Verrerie
Sinon moi-même et un prêtre de saint-Merry
Nous entrâmes dans la vieille maison
Mais nous n’y trouvâmes personne

Voici le soir
À Saint-Merry c’est l’Angélus qui sonne
Cortèges ô cortèges
C’est quand jadis le roi revenait de Vincennes
Il vint une troupe de casquettiers
Il vint des marchands de bananes
Il vint des soldats de la garde républicaine
O nuit
Troupeau de regards langoureux des femmes
O nuit
Toi ma douleur et mon attente vaine
J’entends mourir le son d’une flûte lointaine

 

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé 
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

 

« Salut monde… »

 apollinaire-dessin-eiffel

 Voyage à Paris          

                                             

          Ah! la charmante chose
          Quitter un pays morose

                    Pour Paris
                     Paris joli
                   Qu’un jour
             Dut créer l’Amour
        Ah ! la charmante chose
         Quitter un pays morose
                  Pour Paris

 

Apollinaire est l’inventeur du mot « calligramme » : création poétique visuelle.

J’aime l’originalité de cette présentation, lorsqu’on le regarde, on voit d’abord la représentation de la tour Eiffel, comme un dessin.

 

( 18 février, 2015 )

Max Jacob (1876-1944) Surréalisme

Né dans une famille juive à Quimper, il se lie avec Apollinaire et Picasso, fréquente Montmartre. Converti au catholicisme, son mysticisme s’accroît avec la guerre. Arrêté en 1944 par la Gestapo, il meurt eu camp de Theresienstadt. Citons, Le Cornet à dés et Le Laboratoire central.

 Max Jacob (1876-1944) Surréalisme  220px-Jacob,_Max_(1876-1944)_-_1934_-_Foto_Carl_van_Vechten,_Library_of_Congress

 

A Paris 

A Paris

Sur un cheval gris ;

A Nevers

Sur un cheval vert ;

A Issoire

Sur un cheval noir.

Ah ! Qu’il est beau ! Qu’il est beau !

Ah ! Qu’il est beau ! Qu’il est beau !

 

Poème court, simple et surréaliste voir très surprenant. 

( 18 février, 2015 )

Gustave Charpentier (1860-1956)

 Compositeur français, il connut la gloire avec Louise « roman musical », créé en 1900 à l’Opéra-Comique, dont il rédigera le livret en vrai montmartrois. Cette œuvre illustre sa conception du réalisme lyrique, pleins de couleur et de poésie populaire.

Gustave Charpentier (1860-1956)  200px-Gustave_charpentier

 

Louise

-La canneuse’, racc’modeuse de chai’s

-Marchand d’chiffons, ferraill’ à vendre !

-Artichaux, des gros artichaux … à la tendress’… en v’là des gros,

Des bien beaux !

-Du mourron pour les p’tits oiseaux !

-V’là d’la carotte, elle est bell’, v’là d’la carotte !

-Ah ! Chanson des Paris où vibre et palpite mon âme.

Naïfs et vieux refrains du faubourg qui d’éveille, aube sonore qui réjouit mon oreille !

-Cris de Paris … voix de la rue !…

 

A l’origine Louise est un opéra.

( 18 février, 2015 )

Jules Laforgue (1860-1887) Symbolisme

   Né à Montevideo, Laforgue passe son enfance à Tarbes. Il vient à Paris en 1876 puis devient ensuite lecteur de l’Impératrice d’Allemagne, demeurant six ans à Berlin avant son retour à Paris où il meurt de tuberculose. Citons Les Complaintes, 1885, Des fleurs de bonne volonté.  

 

Jules Laforgue (1860-1887) Symbolisme  laforg01

 

 Ballade de retour

 

     Le Temps met Septembre en sa hotte,
Adieu, les clairs matins d’été!
Là-bas, l’Hiver tousse et grelotte
En son ulster de neige ouaté.
Quand les casinos ont jeté
Leurs dernières tyroliennes,
La plage est triste en vérité!
Revenez-nous, Parisiennes!

   Toujours l’océan qui sanglote
Contre les brisants irrités,
Le vent d’automne qui marmotte
Sa complainte à satiété,
Un ciel gris à perpétuité,
Des averses diluviennes,
Cela doit manquer de gaieté!
Revenez-nous, Parisiennes!

-          Hop! le train siffle et vous cahote!
Là-bas, c’est Paris enchanté,
Où tout l’hiver on se dorlote :
C’est l’opéra, les fleurs, le thé,
Ô folles de mondanité
Allons ! Rouvrez les persiennes
De l’hôtel morne et déserté!
Revenez-nous, Parisiennes!

 

La petite infanticide

 

Ô saisons d’Ossian, ô vent de province,
Je mourrais encor pour peu que t’y tinsses
Mais ce serait de la démence
Oh! je suis blasée
Sur toute rosée

Le toit est crevé, l’averse qui passe
En évier public change ma paillasse,
Il est temps que ça cesse

Les gens d’en bas
Et les voisins se plaignent
Que leur plafond déteigne

Oh! Louis m’a promis, car je suis nubile
De me faire voir Paris la grand ville
Un matin de la saison nouvelle
Oh ! mère qu’il me tarde
D’avoir là ma mansarde…

Des Édens dit-il, des belles musiques
Où des planches anatomiques passent…
Tout en faisant la noce
Et des sénats de ventriloques

Dansons la farandole
Louis n’a qu’une parole

Et puis comment veut-on que je précise
Dès que j’ouvre l’oeil tout me terrorise.
Moi j’ai que l’extase, l’extase

Tiens, qui fait ce vacarme ?…
Ah ! ciel le beau gendarme
Qui entr’ par la lucarne.

Taïaut! taïaut ! À l’échafaud !

Et puis on lui a guillotiné son cou,
Et ça n’a pas semblé l’affecter beaucoup
(de ce que ça n’ait pas plus affecté sa fille)
Mais son ami Louis ça lui a fait tant de peine
Qu’il s’a du pont des Arts jeté à la Seine

Mais un grand chien terr’ neuve
L’a retiré du fleuve

Or justement passait par là
La marquise de Tralala,
Qui lui a offert sa main
D’un air républicain.

 

 

        Dans la rue

Dans la rue

C’est le trottoir avec ses arbres rabougris.
Des mâles égrillards, des femelles enceintes, 
Un orgue inconsolable ululant ses complaintes, 
Les fiacres, les journaux, la réclame et les cris.

Et devant les cafés où des hommes flétris
D’un oeil vide et muet contemplaient leurs absinthes 
Le troupeau des catins défile lèvres peintes 
Tarifant leurs appas de macabres houris.

Et la Terre toujours s’enfonce aux steppes vastes,

Toujours, et dans mille ans Paris ne sera plus 
Qu’un désert où viendront des troupeaux inconnus.

Pourtant vous rêverez toujours, étoiles chastes,
Et toi tu seras loin alors, terrestre îlot
Toujours roulant, toujours poussant ton vieux sanglot.

 

Locution des Pierrots      

                   Locutions des Pierrots, XIV

Les mains dans les poches, 
Le long de la route, 
J’écoute
Mille cloches
Chantant :  » les temps sont proches ; 
 » Sans que tu t’en doutes ! «  

Ah ! Dieu m’est égal ! 
Et je suis chez moi ! 
Mon toit
Très-natal
C’est Tout. Je marche droit, 
Je fais pas de mal.

Je connais l’Histoire, 
Et puis la Nature
Ces foires
Aux ratures ;
Aussi je vous assure 
Que l’on peut me croire !

 

Ce sont des poèmes modernes.

( 18 février, 2015 )

Jean Moréas (1856-1910)

Issu d’une famille distinguée d’Athènes, fils de magistrat, Jean Moréas reçoit une éducation française et vient à Paris en 1875 pour y faire ses études de droit. Il y fréquente les cercles littéraires, notamment les Hydropathes. Il rentre brièvement en Grèce avant de revenir se fixer à Paris vers 1880.

  Jean Moréas (1856-1910)  

Belle lune d’argent…

Sur les mâts inégaux d’un port plein de paresse,
Et je rêve bien mieux quand ton rayon caresse,
Dans un vieux parc, le marbre où je viens m’appuyer.

J’aime ton jeune éclat et tes beautés fanées,
Tu me plais sur un lac, sur un sable argentin,
Et dans la vaste nuit de la plaine sans fin,
Et dans mon cher Paris, au bout des cheminées.

 

 Le coq chante là-bas ; un faible jour tranquille

Le coq chante là-bas ; un faible jour tranquille 
Blanchit autour de moi ;
Une dernière flamme aux portes de la ville 
Brille au mur de l’octroi.

Ô mon second berceau, Paris, tu dors

encore
Quand je suis éveillé
Et que j’entends le pouls de mon grand coeur sonore 
Sombre et dépareillé.

Que veut-il, que veut-il, ce coeur ? malgré la cendre
Du temps, malgré les maux,
Pense-t-il reverdir, comme la tige tendre 
Se couvre de rameaux ?

 

Poèmes plutôt connus.

( 18 février, 2015 )

Paul Verlaine (1844-1896) Poètes maudits

Né à Metz, il publia ses premiers poèmes dans le Parnasse contemporain (1863) et le Progrès. Il se lia avec Banville, Baudelaire, Hugo et publia ses Poèmes saturnies en 1866. Il se maria en 1870 et rédigea La Bonne Chanson. Condamné à deux ans de prison pour avoir tenté de tuer Arthur Rimbaud de deux coups de revolver, il se convertit, composa Romances sans paroles et Sagesse. A sa libération, il sombra rapidement dans la misère et l’alcoolisme, malgré son succès.

 Paul Verlaine (1844-1896) Poètes maudits Paul_Verlaine_2

 

 

Un peu de bâtiment

Dans ce Paris si laid moderne, il est encore 
Ou plutôt il était, car tout se déshonore. 
Il était quelques coins pittoresques, ô non !
Mais drôles d’horreur fade et de terreur sans nom
Aucun. Je veux parler de feu les terrains vagues,
Saint-Ouen, Montrouge, d’autres peut-être où les vagues
De foule bête n’avaient osé déferler.Eugène 
Sue and C » surent en bien parler,
Henri Monnier aussi, mais de façon badine,
Lui… Mais, quoi, nous voyons, de nos jours, que lutine
La fièvre de bâtir pour voler en surplus.
Là s’élever, en plâtre, à sept étages, plus
Peut-être, des maisons de rapport, parodie
De celles du Paris intérieur, aussi
Laides et d’un aspect vil aussi réussi.
Ça fleure le malsain, ça prédit la misère :
Termes dus, fièvre thyphoïde, ça vous serre
Le cœur d’une pitié qui serait du mépris…
Cependant, dès que c’est dressé, les maçons pris 
De vin chantent La Marseillaise, air neuf encore,
Et plantent là-dessus le drapeau tricolore.

 

Croquis Parisiens

La lune plaquait ses teintes de zinc 
Par angles obtus. 
Des bouts de fumée en forme de cinq 
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus. 

Le ciel était gris. La bise pleurait 
Ainsi qu’un basson. 
Au loin, un matou frileux et discret 
Miaulait d’étrange et grêle façon. 

Moi, j’allais, rêvant du divin Platon 
Et de Phidias, 
Et de Salamine et de Marathon, 
Sous l’œil clignotant des bleus becs de gaz. 

 

J’ai bien aimé ce poème et l’ayant récité il m’était déjà connu. 

 

Paris

Paris n’a de beauté qu’en son histoire, 
Mais cette histoire est belle tellement !
La Seine est encaissée absurdement, 
Mais son vert clair à lui seul vaut la gloire.

Paris n’a de gaîté que son bagout,
Mais ce bagout, encor qu’assez immonde, 
Il fait le tour des langages du monde, 
Salant un peu ce trop fade ragoût.

Paris n’a de sagesse que le sombre 
Flux de son peuple et de ses factions, 
Alors qu’il fait des révolutions 
Avec l’Ordre embusqué dans la pénombre.

Paris n’a que sa Fille de charmant 
Laquelle n’est au prix de l’Exotique 
Que torts gentils et vice peu pratique 
Et ce quasi désintéressement.

Paris n’a de bonté que sa légère 
Ivresse de désir et de plaisir, 
Sans rien de trop que le vague désir 
De voir son plaisir égayer son frère.

Paris n’a rien de triste et de cruel 
Que le poëte annuel ou chronique, 
Crevant d’ennui sous l’oeil d’une clinique 
Non loin du vieil ouvrier fraternel.

Vive Paris quand même et son histoire
Et son bagout et sa Fille, naïf
Produit d’un art pervers et primitif,
Et meure son poëte expiatoire !

 

Nouvelles variations sur le point du jour 

 Le Point du Jour, le point blanc de Paris, 

Le seul point blanc, grâce à tant de bâtisse 
Et neuve et laide et que je t’en ratisse, 
Le Point du Jour, aurore des paris !

Le bonneteau fleurit  » dessur  » la berge, 
La bonne tôt s’y déprave, tant pis 
Pour elle et tant mieux pour le birbe gris 
Qui lui du moins la croit encore vierge.

Il a raison le vieux, car voyez donc 
Comme est joli toujours le paysage ; 
Paris au loin, triste et gai, fol et sage, 
Et le Trocadéro, ce cas, au fond,

Puis la verdure et le ciel et les types 
Et la rivière obscène et molle, avec 
Des gens trop beaux, leur cigare à leur bec :
Épatants ces metteurs-au-vent de tripes !

 

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