( 18 février, 2015 )

Boileau (1636-1711) Classicisme

C’est la satire qui apporta à Boileau sa notoriété : elle lui permit d’exprimer un avis sévère sur ses contemporains. Il fut également un théoricien du classicisme, grâce à son Art poétique, où il énumère les principes de l’art d’écrire.

Boileau (1636-1711) Classicisme  EP3_-mini

Les embarras de Paris

Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ? 
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ? 
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières, 
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ? 
J’ai beau sauter du lit, plein de trouble et d’effroi, 
Je pense qu’avec eux tout l’enfer est chez moi : 
L’un miaule en grondant comme un tigre en furie ; 
L’autre roule sa voix comme un enfant qui crie. 
Ce n’est pas tout encor : les souris et les rats 
Semblent, pour m’éveiller, s’entendre avec les chats, 
Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure, 
Que jamais, en plein jour, ne fut l’abbé de Pure. 

Tout conspire à la fois à troubler mon repos, 
Et je me plains ici du moindre de mes maux : 
Car à peine les coqs, commençant leur ramage, 
Auront des cris aigus frappé le voisinage 
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain, 
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain, 
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête, 
De cent coups de marteau me va fendre la tête. 
J’entends déjà partout les charrettes courir, 
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir : 
Tandis que dans les airs mille cloches émues 
D’un funèbre concert font retentir les nues ; 
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents, 
Pour honorer les morts font mourir les vivants.

Encor je bénirais la bonté souveraine, 
Si le ciel à ces maux avait borné ma peine ; 
Mais si, seul en mon lit, je peste avec raison, 
C’est encor pis vingt fois en quittant la maison ;
En quelque endroit que j’aille, il faut fendre la presse 
D’un peuple d’importuns qui fourmillent sans cesse. 
L’un me heurte d’un ais dont je suis tout froissé ;
Je vois d’un autre coup mon chapeau renversé. 
Là, d’un enterrement la funèbre ordonnance 
D’un pas lugubre et lent vers l’église s’avance ;
Et plus loin des laquais l’un l’autre s’agaçants, 
Font aboyer les chiens et jurer les passants. 
Des paveurs en ce lieu me bouchent le passage ; 
Là, je trouve une croix de funeste présage, 
Et des couvreurs grimpés au toit d’une maison 
En font pleuvoir l’ardoise et la tuile à foison. 
Là, sur une charrette une poutre branlante 
Vient menaçant de loin la foule qu’elle augmente ; 
Six chevaux attelés à ce fardeau pesant 
Ont peine à l’émouvoir sur le pavé glissant. 
D’un carrosse en tournant il accroche une roue, 
Et du choc le renverse en un grand tas de boue : 
Quand un autre à l’instant s’efforçant de passer, 
Dans le même embarras se vient embarrasser. 
Vingt carrosses bientôt arrivant à la file 
Y sont en moins de rien suivis de plus de mille ; 
Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux 
Conduit en cet endroit un grand troupeau de boeufs ;
Chacun prétend passer ; l’un mugit, l’autre jure. 
Des mulets en sonnant augmentent le murmure. 
Aussitôt cent chevaux dans la foule appelés 
De l’embarras qui croit ferment les défilés, 
Et partout les passants, enchaînant les brigades, 
Au milieu de la paix font voir les barricades. 
On n’entend que des cris poussés confusément : 
Dieu, pour s’y faire ouïr, tonnerait vainement.
Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre, 
Le jour déjà baissant, et qui suis las d’attendre, 
Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer, 
Je me mets au hasard de me faire rouer. 
Je saute vingt ruisseaux, j’esquive, je me pousse ; 
Guénaud sur son cheval en passant m’éclabousse, 
Et, n’osant plus paraître en l’état où je suis, 
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.

Tandis que dans un coin en grondant je m’essuie, 
Souvent, pour m’achever, il survient une pluie : 
On dirait que le ciel, qui se fond tout en eau, 
Veuille inonder ces lieux d’un déluge nouveau. 
Pour traverser la rue, au milieu de l’orage, 
Un ais sur deux pavés forme un étroit passage ; 
Le plus hardi laquais n’y marche qu’en tremblant : 
Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant ; 
Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières, 
Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières. 
J’y passe en trébuchant ; mais malgré l’embarras, 
La frayeur de la nuit précipite mes pas.

Car, sitôt que du soir les ombres pacifiques 
D’un double cadenas font fermer les boutiques ;
Que, retiré chez lui, le paisible marchand 
Va revoir ses billets et compter son argent ;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille, 
Les voleurs à l’instant s’emparent de la ville. 
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté 
Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté. 
Malheur donc à celui qu’une affaire imprévue 
Engage un peu trop tard au détour d’une rue !
Bientôt quatre bandits lui serrent les côtés : 
La bourse ! … Il faut se rendre ; ou bien non, résistez, 
Afin que votre mort, de tragique mémoire, 
Des massacres fameux aille grossir l’histoire. 
Pour moi, fermant ma porte et cédant au sommeil, 
Tous les jours je me couche avecque le soleil ;
Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière, 
Qu’il ne m’est plus permis de fermer la paupière. 
Des filous effrontés, d’un coup de pistolet, 
Ébranlent ma fenêtre et percent mon volet ; 
J’entends crier partout: Au meurtre ! On m’assassine ! 
Ou : Le feu vient de prendre à la maison voisine ! 
Tremblant et demi-mort, je me lève à ce bruit, 
Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit. 
Car le feu, dont la flamme en ondes se déploie, 
Fait de notre quartier une seconde Troie, 
Où maint Grec affamé, maint avide Argien, 
Au travers des charbons va piller le Troyen. 
Enfin sous mille crocs la maison abîmée 
Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée.

Je me retire donc, encor pâle d’effroi ; 
Mais le jour est venu quand je rentre chez moi. 
Je fais pour reposer un effort inutile : 
Ce n’est qu’à prix d’argent qu’on dort en cette ville. 
Il faudrait, dans l’enclos d’un vaste logement, 
Avoir loin de la rue un autre appartement.

Paris est pour un riche un pays de Cocagne : 
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ; 
Il peut dans son jardin, tout peuplé d’arbres verts, 
Recéler le printemps au milieu des hivers ; 
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries, 
Aller entretenir ses douces rêveries.

Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu, 
Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu.

 

Chant premier

(extrait)

Je chante les combats, et ce prélat terrible
Qui par ses longs travaux et sa force invincible,
Dans une illustre église exerçant son grand coeur,
Fit placer à la fin un lutrin dans le choeur.
C’est en vain que le chantre, abusant d’un faux titre,
Deux fois l’en fit ôter par les mains du chapitre :
Ce prélat, sur le banc de son rival altier
Deux fois le reportant, l’en couvrit tout entier.

Muse redis-mois donc quelle ardeur de vengeance
De ces hommes sacrés rompit l’intelligence,
Et troubla si longtemps deux célèbres rivaux.
Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots !

Et toi, fameux héros, dont la sage entremise
De ce schisme naissant débarrassa l’Eglise,
Viens d’un regard heureux animer mon projet,
Et garde-toi de rire en ce grave sujet.

Paris voyait fleurir son antique chapelle :
Ses chanoines vermeils et brillants de santé
S’engraissaient d’une longue et sainte oisiveté ;
Sans sortir de leurs lits plus doux que des hermines,
Ces pieux fainéants faisaient chanter matines,
Veillaient à bien dîner, et laissaient en leur lieu
A des chantres gagés le soin de louer Dieu :
Quand la Discorde, encore toute noire de crimes,
Sortant des Cordeliers pour aller aux Minimes,
Avec cet air hideux qui fait frémir la Paix,
S’arrêter près d’un arbre au pied de son palais,
Là, d’un oeil attentif contemplant son empire,
A l’aspect du tumulte elle-même s’admire.
Elle y voit par le coche et d’Evreux et du Mans
Accourir à grand flots ses fidèles Normands :
Elle y voit aborder le marquis, la comtesse,
Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse ;
Et partout des plaideurs les escadrons épars
Faire autour de Thémis flotter ses étendards.
Mais une église seule à ses yeux immobile
Garde au sein du tumulte une assiette tranquille.
Elle seule la brave ; elle seule aux procès
De ses paisibles murs veut défendre l’accès.
La Discorde, à l’aspect d’un calme qui l’offense,
Fait siffler ses serpents, s’excite à la vengeance
Sa bouche se remplit d’un poison odieux,
Et de longs traits de feu lui sortent par les yeux.[...]

 

Discours au roi

Jeune et vaillant héros, dont la haute sagesse
N’est point le fruit tardif d’une lente vieillesse,
Et qui seul, sans ministre, à l’exemple des dieux,
Soutiens tout par toi-même, et vois tout par tes yeux,
GRAND ROI, si jusqu’ici, par un trait de prudence,
J’ai demeuré pour toi dans un humble silence,
Ce n’est pas que mon coeur, vainement suspendu,
Balance pour t’offrir un encens qui t’est dû ;
Mais je sais peu louer ; et ma muse tremblante
Fuit d’un si grand fardeau la charge trop pesante,
Et, dans ce haut éclat où tu te viens offrir,
Touchant à tes lauriers, craindrait de les flétrir.
Ainsi, sans m’aveugler d’une vaine manie,
Je mesure mon vol à mon faible génie :
Plus sage en mon respect que ces hardis mortels
Qui d’un indigne encens profanent tes autels ;
Qui, dans ce champ d’honneur où le gain les amène,
Osent chanter ton nom, sans force et sans haleine ;
Et qui vont tous les jours, d’une importune voix,
T’ennuyer du récit de tes propres exploits.
L’un, en style pompeux habillant une églogue,
De ses rares vertus te fait un long prologue,
Et mêle, en se vantant soi-même à tout propos,
Les louanges d’un fat à celles d’un héros.
L’autre, en vain, se lassant à polir une rime,
Et reprenant vingt fois le rabot et la lime,
Grand et nouvel effort d’un esprit sans pareil !
Dans la fin d’un sonnet te compare au soleil.
Sur le haut Hélicon leur veine méprisée
Fut toujours des neuf soeurs la fable et la risée.
Calliope jamais ne daigna leur parler,
Et Pégase pour eux refuse de voler.
Cependant à les voir, enflés de tant d’audace,
Te promettre en leur nom les faveurs du Parnasse,
On dirait qu’ils ont seuls l’oreille d’Apollon,
Qu’ils disposent de tout dans le sacré vallon :
C’est à leurs doctes mains, si l’on veut les en croire,
Que Phébus a commis tout le soin de ta gloire ;
Et ton nom, du midi jusqu’à l’ourse vanté,
Ne devra qu’à leurs vers son immortalité.
Mais plutôt, sans ce nom, dont la vive lumière
Donne un lustre éclatant à leur veine grossière,
Ils verraient leurs écrits, honte de l’univers,
Pourrir dans la poussière à la merci des vers.
A l’ombre de ton nom ils trouvent leur asile,
Comme on voit dans les champs un arbrisseau débile,
Qui, sans l’heureux appui qui le tient attaché,
Languirait tristement sur la terre couché.
Ce n’est pas que ma plume, injuste et téméraire,
Veuille blâmer en eux le dessein de te plaire ;
Et, parmi tant d’auteurs, je veux bien l’avouer,
Apollon en connaît qui te peuvent louer ;
Oui, je sais qu’entre ceux qui t’adressent leurs veilles,
Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles.
Mais je ne puis souffrir qu’un esprit de travers,
Qui, pour rimer des mots, pense faire des vers
Se donne en te louant une gêne inutile :
Pour chanter un Auguste, il faut être un Virgile :
Et j’approuve les soins du monarque guerrier
Qui ne pouvait souffrir qu’un artisan grossier
Entreprît de tracer, d’une main criminelle,
Un portrait réservé pour le pinceau d’Apelle.
Moi donc, qui connais peu Phébus et ses douceurs,
Qui suis nouveau sevré sur le mont des neuf soeurs,
Attendant que pour toi l’âge ait mûri ma muse,
Sur de moindres sujets je l’exerce et l’amuse ;
Et, tandis que ton bras, des peuples redouté,
Va, la foudre à la main, rétablir l’équité,
Et retient les méchants par la peur des supplices,
Moi, la plume à la main, je gourmande les vices,
Et, gardant pour moi-même une juste rigueur,
Je confie au papier les secrets de mon coeur.
Ainsi, dès qu’une fois ma verve se réveille,
Comme on voit au printemps la diligente abeille
Qui du butin des fleurs va composer son miel,
Des sottises du temps je compose mon fiel :
Je vais de toutes parts où me guide ma veine,
Sans tenir en marchant une route certaine ;
Et, sans gêner ma plume en ce libre métier,
Je la laisse au hasard courir sur le papier.
Le mal est qu’en rimant, ma muse un peu légère
Nomme tout par son nom, et ne saurait rien taire.
C’est là ce qui fait peur aux esprits de ce temps,
Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans :
Ils tremblent qu’un censeur, que sa verve encourage,
Ne vienne en ses écrits démasquer leur visage,
Et, fouillant dans leurs moeurs en toute liberté,
N’aille du fond du puits tirer la vérité.
Tous ces gens éperdus au seul nom de satire
Font d’abord le procès à quiconque ose rire :
Ce sont eux que l’on voit, d’un discours insensé,
Publier dans Paris que tout est renversé,
Au moindre bruit qui court qu’un auteur les menace
De jouer des bigots la trompeuse grimace.
Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux ;
C’est offenser les lois, c’est s’attaquer aux cieux.
Mais bien que d’un faux zèle ils masquent leur faiblesse
Chacun voit qu’en effet la vérité les blesse :
En vain d’un lâche orgueil leur esprit revêtu
Se couvre du manteau d’une austère vertu ;
Leur coeur qui se connaît, et qui fuit la lumière,
S’il se moque de Dieu, craint Tartuffe et Molière.
Mais pourquoi sur ce point sans raison m’écarter ?
GRAND ROI, c’est mon défaut, je ne saurais flatter :
Je ne sais point au ciel placer un ridicule,
D’un nain faire un Atlas, ou d’un lâche un Hercule.
Et, sans cesse en esclave, à la suite des grands,
A des dieux sans vertu prodiguer mon encens.
On ne me verra point d’une veine forcée,
Même pour te louer, déguiser ma pensée ;
Et, quelque grand que soit ton pouvoir souverain,
Si mon coeur en ces vers ne parlait par ma main,
Il n’est espoir de biens, ni raison, ni maxime,
Qui pût en ta faveur m’arracher une rime.
Mais lorsque je te vois, d’une si noble ardeur,
T’appliquer sans relâche aux soins de ta grandeur,
Faire honte à ces rois que le travail étonne,
Et qui sont accablés du faix de leur couronne ;
Quand je vois ta sagesse en ses justes projets,
D’une heureuse abondance enrichir tes sujets,
Fouler aux pieds l’orgueil et du Tage et du Tibre,
Nous faire de la mer une campagne libre,
Et tes braves guerriers, secondant ton grand coeur,
Rendre à l’aigle éperdu sa première vigueur ;
La France sous tes lois maîtriser la fortune ;
Et nos vaisseaux domptant l’un et l’autre Neptune,
Nous aller chercher l’or, malgré l’onde et le vent,
Aux lieux où le soleil le forme en se levant,
Alors, sans consulter si Phébus l’en avoue,
Ma muse toute en feu me prévient et te loue.
Mais bientôt la raison arrivant au secours
Vient d’un si beau projet interrompre le cours,
Et me fait concevoir, quelque ardeur qui m’emporte,
Que je n’ai ni le ton, ni la voix assez forte.
Aussitôt je m’effraie, et mon esprit troublé
Laisse là le fardeau dont il est accablé ;
Et, sans passer plus loin, finissant mon ouvrage,
Comme un pilote en mer qu’épouvante l’orage,
Dès que le bord paraît, sans songer où je suis,
Je me sauve à la nage, et j’aborde où je puis.

 

Boileau donne une vision très intéressante de la ville de Paris, ville qui vient de loin et qui perdure encore de nos jours. Mais j’ai trouvé ces poèmes très longs.

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Molière (1622-1673) Classicisme

Celui qui s’appelait enfaîte Jean Baptiste Poquelin, fut comédien et auteur dramatique. Il fonde l’illustre théâtre en 1853, il crée une troupe. Cabales, rivalités mais grand succès jalonnent sa carrière. Il meurt en interprétant Le Malade Imaginaire, n’ayant vécu que pour le théâtre.

 

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 « Si le roi m’avait donné… »

Si le roi m’avait donné

Paris, sa grand’ville,

Et qu’il ma fallût quitter

L’amour de ma mie,

Je dirais au roi Henri:

Reprenez votre Paris,

J’aime mieux ma mie,

Ô gué

J’aime mieux ma mie.  

 

C’est le seul poème que j’ai trouvé de Molière qui correspond à mon thème. Molière est un auteur dont j’apprécie les pièces de théâtre (L’avare, les fourberies de Scapin que j’ai joué étant plus jeune).

( 18 février, 2015 )

Isaac De Benserade (1613-1691) Baroque

Familier de l’hôtel de Rambouillet puis admis à la Cour, il collabore aux ballets de Lully. Ses quatrains précieux sur Ésope ont eu l’honneur d’être gravés dans les bosquets de Versailles. Il fut l’un des premiers académies.

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 Sur la ville de Paris

Rien n’égale Paris ; on le blâme, on le louë ;
L’un y suit son plaisir, l’autre son interset ;
Mal ou bien, tout s’y fait, vaste grand comme il est
On y vole, on y tuë, on y pend, on y rouë.

On s’y montre, on s’y cache, on y plaide, on y jouë ;
On y rit, on y pleure, on y meurt, on y naist :
Dans sa diversité tout amuse, tout plaist,
Jusques à son tumulte et jusques à sa bouë.

Mais il a ses défauts, comme il a ses appas,
Fatal au courtisan, le roy n’y venant pas ;
Avecque sûreté nul ne s’y peut conduire :

Trop loin de son salut pour être au rang des saints,
Par les occasions de pécher et de nuire,
Et pour vivre long-temps trop prés des médecins.

 

Le poème est sous forme de rimes embrassés puis aab et cdc. puis J’ai bien aimé la forme du poème.

 

 

( 18 février, 2015 )

Paul Scarron (1610-1660) Burlesque

Fils d’un conseiller au Parlement, il sera toute sa vie, malgré la maladie qui le laissera impotent, choyé par la société littéraire de son temps. Poète baroque, dramaturge à la verve bouffonne, il reste connu pour Le roman comique où il décrit l’univers d’une troupe de comédiens itinérants. Son épouse deviendra Mme de Maintenon.

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Sonnet sur Paris 

Un amas confus de maisons
Des crottes dans toutes les rues
Ponts, églises, palais, prisons
Boutiques bien ou mal pourvues

Force gens noirs, blancs, roux, grisons
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons
Des gens de plume aux mains crochues

Maint poudré qui n’a pas d’argent
Maint filou qui craint le sergent
Maint fanfaron qui toujours tremble,

Pages, laquais, voleurs de nuit, 
Carrosses, chevaux et grand bruit 
Voilà Paris que vous en semble ?

 

C’est une vision plutôt pessimiste de Paris mais très intéressante, l’auteur nous pose même une question: « Voilà Paris que vous en semble? » à la fin du poème ce qui nous permet de plus nous intéresser à celui-ci.

 

 

( 18 février, 2015 )

François Maynard (1522-1560) Baroque

Né le 21 novembre 1582 à Toulouse où son père Géraud de Maynard était conseillé au parlement. Il devient avocat puis secrétaire de Marguerite de Valois dont il fréquenta le cercle littéraire de l’hôtel de Sens. En 1606-1607, il rencontre le poète François de  Malherbe, dont il devient l’élève et conquiert vite une réputation que consacre sa participation aux Délices de la poésie française de 1615.

François Maynard (1522-1560) Baroque

 

Quand doi-je quitter les rochers

Quand doi-je quitter les rochers 
Du petit Desert qui me cache, 
Pour aller revoir les clochers 
De Saint Pol, et de Saint Eustache ?

Paris est sans comparaison ; 
Il n’est plaisir dont il n’abonde ; 
Chacun y trouve sa maison. 
C’est le païs de tout le monde.

Apollon, faut-il que Maynard
Avec les secrets de ton art
Meure en une terre sauvage,

Et qu’il dorme, apres son trépas, 
Au cimetiere d’un Village 
Que la Carte ne connoist pas ?

 

 

 Adieu Paris, adieu pour la dernière fois

 

Adieu Paris, adieu pour la derniere fois !
Je suis las d’encenser l’autel de la fortune 
Et brusle de revoir mes rochers et mes bois 
OÙ tout me satisfait, où rien ne m’importune.

Je ny suis point touché de l’amour des thresors ; 
Je n’y demande pas d’augmenter mon partage :
Le bien qui m’est venu des peres dont je sors 
Est petit pour la cour, mais grand pour le village.

Depuis que je cognois que le siecle est gasté 
Et que le haut merite est souvent mal-traité, 
Je ne trouve ma paix que dans la solitude.

Les heures de ma vie y sont toutes à moy. 
Qu’il est doux d’estre libre, et que la servitude 
Est honteuse à celuy qui peut estre son roy !

 

Il sont en vieux français donc un peu difficile à comprendre mais les rimes sont charmantes.

 

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Joachim Du Bellay (1522-1560) La pléiade

Du Bellay renonce vite la carrière militaire pour s’adonner à la poésie et à l’humanisme. Il rencontre Ronsard en 1547 et rédige le manifeste de la pléiade.  Atteint de surdité, il passe quatre ans à Rome puis revient à Paris. Citons, Les Regrets, Divers jeux rustiques.

Joachim Du Bellay (1522-1560) La pléiade  2213

« Depuis que j’ai laissé mon naturel séjour… »

 Depuis que j’ai laissé mon naturel séjour
Pour venir où le Tibre aux flots tortus ondoie,
Le ciel a vu trois fois par son oblique voie
Recommencer son cours la grand lampe du jour.

Mais j’ai si grand désir de me voir de retour
Que ces trois ans me sont plus qu’un siège de Troie,
Tant me tarde, Morel, que Paris je revoie,
Et tant le ciel pour moi fait lentement son tour.

Il fait son tour si lent, et me semble si morne,
Si morne et si pesant, que le froid Capricorne
Ne m’accourcit les jours, ni le Cancre les nuits.

Voilà, mon cher Morel, combien le temps me dure

Loin de France et de toi, et comment la nature

Fait toute chose longue avecques mes ennuis.

 

Dans ce poème ce que j’ai bien aimé c’est le fait que Du Bellay valorise la nostalgie de la France.

 

Si tu m’en crois, Baïf, tu changeras Parnasse

 

Si tu m’en crois, Baïf, tu changeras Parnasse 
Au palais de Paris, Hélicon au parquet, 
Ton laurier en un sac, et ta lyre au caquet 
De ceux qui, pour serrer, la main n’ont jamais lasse.

C’est à ce métier-là que les biens on amasse, 
Non à celui des vers, où moins y a d’acquêt 
Qu’au métier d’un bouffon ou celui d’un naquet. 
Fi du plaisir, Baïf, qui sans profit se passe.

Laissons donc, je te prie, ces babillardes soeurs, 
Ce causeur Apollon, et ces vaines douceurs, 
Qui pour tout leur trésor n’ont que des lauriers verts.

Aux choses de profit, ou celles qui font rire, 
Les grands ont aujourd’hui les oreilles de cire, 
Mais ils les ont de fer pour écouter les vers.

 

Se sont les rimes que j’ai aimé et trouvé inintéressante dans ce poème.

Je suis frappée par la sincérité de ses poèmes.

 

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Clément Janequin (1480-1558)

Il est l’un des maîtres français de la chanson polyphonique et l’un des inventeurs de la musique à programme. Il fit sa carrière à Angers avant de s’établir au Quartier latin.

Clément Janequin (1480-1558) janequin

Voulez-vous ouïr les cris de Paris (Extrait)

Extraits en français modernisés :  » Voulez-vous ouïr les cris de Paris ? Pâtés tout chauds, qui les aura? Vins blancs, vins mousseux, vins clairets à six deniers ! Tartelettes friandes à la gaufre à l’enseigne du berceau, qui est en la rue de la Harpe. Sauce verte, moutarde fine, hareng blanc! Souliers vieux! Haut en bas ramonez les caminades. Qui veut du lait? Pois verts! Mes belles laitues! Allumettes! Pruneaux de Saint Julien! Ma belle poire, mon beau persil, ma belle oseille, mes beaux épinards! Navets! Mes beaux balais! Rave douce, rave! Marrons de Lyon! »

 

C’est une chanson qui évoque l’ambiance d’un marché, le fait que Clément Janequin créé un univers sonore urbain créé une forme d’originalité qui m’a beaucoup plus dans ce poème. 

 

( 18 février, 2015 )

François Villon (1434-1453) Lyrisme Bourgeois

De son vrai nom François de Moncorbier, élevé part un prêtre, il devient maître des arts, mais tourne mal. Accusé de meurtre et d’effractions il connait la prison. Il est banni et on finit par perdre sa trace. Citons ses ballades et Le Grand Testament.

François Villon (1434-1453) Lyrisme Bourgeois  villon

 

   Ballade des femmes de Paris

Ballade des femmes de Paris.

« Quoi qu’on tienne belles langagières
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour être messagères,
Et mêmement les anciennes ;
Mais soient Lombardes, Romaines,
Genevoises, à mes périls,
Piémontaises, Savoisiennes,
Il n’est bon bec que de Paris

 

De beau parler elles tiennent chaires,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et sont très  bonnes  caquetières
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Égyptiennes,
De Hongrie ou d’autre pays,
Espagnoles ou catalanes,
Il n’est bon bec que de Paris

   

Bretonnes, Suisses ne savent guère,
Gasconnes aussi Toulousaines :
Du Petit Pont deux harengères
Les concluront, et les Lorraines
Anglaises et Calaisiennes,
– Ai-je beaucoup de lieux compris ? –
Picardes de Valenciennes ;
Il n’est bon bec que de Paris

        

Prince, aux dames parisiennes
De bien parlé donnez le prix.
Quoi que l’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris ».

 

 

Le poème « La Ballade des Femmes de Paris »  fait partie de « Le Testament »  qui passe pour être le chef d’œuvre de François Villon.

Dans ce poème Villon vante la verve des parisiennes  qui, pour lui, est sans égale.

Son parler populaire lui fait utiliser des formules savoureuses comme « Il n’est bon bec que de Paris. »

 Le bec signifie le nez et la figure assimilés à un bec d’oiseau et on peut y associer parallèlement l’image de « clore le bec à quelqu’un », « se prendre de bec »… ce qui donne un côté attachant et spontané à cette formulation de Villon.

 

( 18 février, 2015 )

Rutebeuf (1245-1285) Lyrisme Bourgeois

D’origine champenoise, il vécut à Paris dans  la seconde moitié du XIIIème siècle  la vie miséreuse des jongleurs. Son œuvre lyrique, faite de pamphlets anticléricaux, de chansons de croisade et de litanies religieuses marque l’apogée du Moyen-Age poétique.

Rutebeuf (1245-1285) Lyrisme Bourgeois  rutebeuf1auteur

 

 Le dit des ribauds de grève

 

Ribauds, vous voici bien en point!

Les arbres se dépouillent de leurs branches,

Et vous n’aurez de robe point.

Vous en aurez froid à vos…

Le dit des Ribauds de grève

Ribauds, vous voici bien en point!

Les arbres se dépouillent de leurs branches,

Et vous n’aurez de robe point.

Vous en aurez froid à vos hanches.

Comme vous plairait les pourpoints

Et les surcots fourrés à manches!

Durant l’été, souples des joints;

En hiver, la goutte vous penche.

Vos souliers d’huile n’ont besoin:

Vous faites de vos talons planches.

Les noires mouches vous ont points;

S’il neige, vous poindront les blanches.

 

Ce poème est traduit car le texte d’origine est plus compliqué à comprendre mais je le trouve très intéressant et plus facile à comprendre.

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