( 18 février, 2015 )

François Coppée (1842-1908)

Ce « pâle enfant du vieux Paris », nostalgique « d’un faubourg pleins d’enfance et de jeux », fut d’abord parnassien puis s’engagea vers le réalisme avec une volonté de dépeindre « les choses les plus communes qui ont la grâce du nouveau pour qui sait les voir. »

 

 François Coppée (1842-1908) coppee

 

 

   Sur la tour Eiffel (Extrait)

J’ai visité la Tour énorme,

Le mât de fer aux durs agrès.

Inachevé, confus, difforme,

Le monstre est hideux, vu de près.

 

Géante, sans beauté ni style,

C’est bien l’idole de métal,

Symbole de force inutile

Et triomphe du fait brutal.

 (…)

Enfants des orgueilleuses Gaules,

Pourquoi recommencer Babel ?

Le mont Blanc hausse les épaules

En songeant à la Tour Eiffel.

 

Ô vieux siècles d’art, quelle honte !

À cent peuples civilisés

Nous montrerons ce jet de fonte

Et des badauds hypnotisés.

 

 

Pourtant, aux lugubres défaites

Notre génie a survécu ;

Un laurier cache sur nos têtes

La ride amère du vaincu.

 

 

Pour que l’Europe, qui nous raille,

Fût battue à ce noble jeu,

Tout le prix de cette ferraille,

Des millions, c’était bien peu.

 

 

Un chef-d’œuvre vaut davantage ;

Et quand même, et non moins content,

L’ouvrier sur l’échafaudage

Eût gagné sa vie en chantant.

 

 

Non ! plus de luttes idéales,

De tournois en l’honneur du beau !

Faisons des gares et des halles :

C’est l’avenir, c’est l’art nouveau.

 

 

Longue comme un discours prolixe

De ministre ou de député,

Que la Tour, gargote à prix fixe,

Vende à tous l’hospitalité !

 

 

Car voici la grande pensée,

Le vrai but, le profond dessous :

Cette pyramide insensée,

On y montera pour cent sous.

 

C’est vrai, j’aime Paris d’une amitié malsaine…

C’est vrai, j’aime Paris d’une amitié malsaine ;
J’ai partout le regret des vieux bords de la Seine 
Devant la vaste mer, devant les pics neigeux,
Je rêve d’un faubourg plein d’enfants et de jeux.
D’un coteau tout pelé d’où ma Muse s’applique
A noter les tons fins d’un ciel mélancolique,
D’un bout de Bièvre, avec quelques chants oubliés,
Où l’on tend une corde aux troncs des peupliers,
Pour y faire sécher la toile et la flanelle,
Ou d’un coin pour pêcher dans l’île de Grenelle.

 

Je suis un pâle enfant du vieux Paris…

Je suis un pâle enfant du vieux Paris, et j’ai 
Le regret des rêveurs qui n’ont pas voyagé.
Au pays bleu mon âme en vain se réfugie,
Elle n’a jamais pu perdre la nostalgie
Des verts chemins qui vont là-bas, à l’horizon. 
Comme un pauvre captif vieilli dans sa prison 
Se cramponne aux barreaux étroits de sa fenêtre 
Pour voir mourir le jour et pour le voir renaître. 
Ou comme un exilé, promeneur assidu,
Regarde du coteau le pays défendu
Se dérouler au loin sous l’immensité bleue,
Ainsi je fuis la ville et cherche la banlieue.
Avec mon rêve heureux j’aime partir, marcher
Dans la poussière, voir le soleil se coucher
Parmi la brume d’or, derrière les vieux ormes,
Contempler les couleurs splendides et les formes
Des nuages baignés dans l’occident vermeil,
Et, quand l’ombre succède à la mort du soleil,
M’éloigner encor plus par quelque agreste rue
Dont l’ornière rappelle un sillon de charrue,
Gagner les champs pierreux, sans songer au départ,
Et m’asseoir, les cheveux au vent, sur le rempart.

Au loin, dans la lueur blême du crépuscule,
L’amphithéâtre noir des collines recule,
Et, tout au fond du val profond et solennel
Paris pousse à mes pieds son soupir éternel.
Le sombre azur du ciel s’épaissit. Je commence
A distinguer des bruits dans ce murmure immense,
Et je puis, écoutant, rêveur et plein d’émoi,
Le vent du soir froissant les herbes près de moi,
Et parmi le chaos des ombres débordantes,
Le sifflet douloureux des machines stridentes,
Ou l’aboiement d’un chien, ou le cri d’un enfant,
Ou le sanglot d’un orgue au lointain s’étouffant,
Ou le tintement clair d’une tardive enclume,
Voir la nuit qui s’étoile et Paris qui s’allume

 

   A Paris, en été, les soirs sont étouffants…

 A Paris, en été, les soirs sont étouffants.
Et moi, noir promeneur qu’évitent les enfants,
Qui fuis la joie et fais, en flânant, bien des lieues,
Je m’en vais, ces jours-là, vers les tristes banlieues.
Je prends quelque ruelle où pousse le gazon
Et dont un mur tournant est le seul horizon.
Je me plais dans ces lieux déserts où le pied sonne,
Où je suis presque sûr de ne croiser personne.

Au-dessus des enclos les tilleuls sentent bon ;
Et sur le plâtre frais sont écrits au charbon
Les noms entrelacés de Victoire et d’Eugène,
Populaire et naïf monument, que ne gêne
Pas du tout le croquis odieux qu’à côté
A tracé gauchement, d’un fusain effronté,
En passant après eux, la débauche impubère.

Et, quand s’allume au loin le premier réverbère,
Je gagne la grand’ rue, où je puis encor voir
Des boutiquiers prenant le frais sur le trottoir,
Tandis que, pour montrer un peu ses formes grasses,
Avec son prétendu leur fille joue aux grâces.

( 18 février, 2015 )

Charles Cros (1842-1888)

Il inventa un procédé de photographie en couleurs et la paléographie futur phonographe, présenté en 1877, avant Edison. Il renouvelle la forme du monologue comique avec Le Hareng saur, et dans Le Coffret de santal, il annonce le surréalisme.

Charles Cros (1842-1888) Charles_Cros

« La maison est démolie… »

À M. HAUSSMANN

 

ANCIEN PRÉFET DE LA SEINE

La maison est démolie, 
Le petit nid est en l’air 
Où j’eus ton cœur et ta chair, 
Ma maîtresse si jolie !… 
  
Je vois toujours dans l’ouest clair 
Cette comète abolie. 
Tombez pierre, ciment, fer ! 
L’amour jamais ne s’oublie. 
  
Démolissez les maisons, 
Changez le cours des saisons, 
Plongez-moi dans l’opulence, 
  
Vous ne pourrez effacer 
La trace de son baiser. 
Le vrai c’est ce que je pense.

 

Déserteuses 

Un temple ambré, le ciel bleu, des cariatides.
Des bois mystérieux; un peu plus loin, la mer…
Une cariatide eut un regard amer
Et dit : C’est ennuyeux de vivre en ces temps vides.

La seconde tourna ses grands yeux froids, avides,
Vers Lui, le bien-aimé, l’homme vivant et fier
Qui, venu de Paris, peignait d’un pinceau clair
Ces pierres, et ce ciel, et ces lointains limpides.

Puis la troisième et la quatrième :  » Comment
Retirer nos cheveux de cet entablement ?
Allons ! nous avons trop longtemps gardé nos poses ! « 

Et toutes, par les prés et les sentiers fleuris,
Elles coururent vers des amants, vers Paris ;
Et le temple croula parmi les lauriers roses.

 

 J’ai bien aimé le côté surréaliste de ce poème.

( 18 février, 2015 )

Charles Baudelaire (1821-1867) Symbolisme

Les épreuves de l’enfance ont marqué l’homme, vite en opposition avec son milieu. Un voyage en Inde illumine le poète. S’il fréquente la bohème et des amours étranges, tout en jouant les dandys, le critique d’art garde toujours une lucidité prophétique. Il traduit Poe et célèbre Delacroix et Wagner. Ses Fleurs du mal (1857) restent le chef-d’œuvre inégalé de la « modernité ».

 

Charles Baudelaire (1821-1867) Symbolisme  8

Le Cygne, Tableau Parisiens

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie
N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

Aussi devant ce Louvre une image m’opprime :
Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,
Comme les exilés, ridicule et sublime
Et rongé d’un désir sans trêve ! et puis à vous,

Andromaque, des bras d’un grand époux tombée,
Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,
Auprès d’un tombeau vide en extase courbée
Veuve d’Hector, hélas ! et femme d’Hélénus !

Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique
Piétinant dans la boue, et cherchant, l’oeil hagard,
Les cocotiers absents de la superbe Afrique
Derrière la muraille immense du brouillard ;

A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs
Et tètent la Douleur comme une bonne louve !
Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !

Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile
Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor ! 
Je pense aux matelots oubliés dans une île,
Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !

 

  Les sept vieillards

À Victor Hugo

Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant!
Les mystères partout coulent comme des sèves
Dans les canaux étroits du colosse puissant.

Un matin, cependant que dans la triste rue
Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur,
Simulaient les deux quais d’une rivière accrue,
Et que, décor semblable à l’âme de l’acteur,

Un brouillard sale et jaune inondait tout l’espace,
Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros
Et discutant avec mon âme déjà lasse,
Le faubourg secoué par les lourds tombereaux.

Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l’aspect aurait fait pleuvoir les aumônes,
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,

M’apparut. On eût dit sa prunelle trempée
Dans le fiel; son regard aiguisait les frimas,
Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée,
Se projetait, pareille à celle de Judas.

II n’était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D’un quadrupède infirme ou d’un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s’empêtrant,
Comme s’il écrasait des morts sous ses savates,
Hostile à l’univers plutôt qu’indifférent.

Son pareil le suivait: barbe, oeil, dos, bâton, loques,
Nul trait ne distinguait, du même enfer venu,
Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques
Marchaient du même pas vers un but inconnu.

À quel complot infâme étais-je donc en butte,
Ou quel méchant hasard ainsi m’humiliait?
Car je comptai sept fois, de minute en minute,
Ce sinistre vieillard qui se multipliait!

Que celui-là qui rit de mon inquiétude
Et qui n’est pas saisi d’un frisson fraternel
Songe bien que malgré tant de décrépitude
Ces sept monstres hideux avaient l’air éternel!

Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième,
Sosie inexorable, ironique et fatal
Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même?
— Mais je tournai le dos au cortège infernal.

Exaspéré comme un ivrogne qui voit double,
Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté,
Malade et morfondu, l’esprit fiévreux et trouble,
Blessé par le mystère et par l’absurdité!

Vainement ma raison voulait prendre la barre;
La tempête en jouant déroutait ses efforts,
Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre
Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords!

Aube_Loire_novembre

  Le crépuscule du matin

 

La diane chantait dans les cours des casernes,
Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un oeil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l’âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient,
Et l’homme est las d’écrire et la femme d’aimer.

Les maisons çà et là commençaient à fumer.
Les femmes de plaisir, la paupière livide,
Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide ;
Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids,
Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.
C’était l’heure où parmi le froid et la lésine
S’aggravent les douleurs des femmes en gésine ;
Comme un sanglot coupé par un sang écumeux
Le chant du coq au loin déchirait l’air brumeux ;
Une mer de brouillards baignait les édifices,
Et les agonisants dans le fond des hospices
Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux.
Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux.

L’aurore grelottante en robe rose et verte
S’avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

 

Poèmes courts et plutôt réalistes.

 

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Alfred de Musset (1810-1857) Romanticisme

Né à Paris, Musset est vite accepté part les romantiques grâce à Victor Hugo. Il collabore à la Revue des Deux Mondes où il rencontre George Sand. Conservateur de la bibliothèque du ministère de l’intérieur, le célèbre auteur de Lorenzaccio est élu à l’académie française en 1852.

 

Alfred de Musset (1810-1857) Romanticisme                   madeleine-neige

  Sonnet : « Que j’aime le premier frisson d’hiver… »

Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;

C’est le temps de la ville. – Oh ! lorsque l’an dernier,
J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J’entends encore au vent les postillons crier),

Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi !

Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon âme
Je saluais tes murs. – Car, qui m’eût dit, madame,
Que votre coeur sitôt avait changé pour moi ?

 

 Conseil à une Parisienne

Oui, si j’étais femme, aimable et jolie, 
Je voudrais, Julie, 
Faire comme vous ;
Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère, 
A toute la terre 
Faire les yeux doux.

Je voudrais n’avoir de soucis au monde 
Que ma taille ronde, 
Mes chiffons chéris,
Et de pied en cap être la poupée 
La mieux équipée 
De Rome à Paris.

Je voudrais garder pour toute science 
Cette insouciance 
Qui vous va si bien ;
Joindre, comme vous, à l’étourderie 
Cette rêverie 
Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu’il fût toujours fête, 
Et tourner la tête, 
Aux plus orgueilleux ;
Être en même temps de glace et de flamme, 
La haine dans l’âme, 
L’amour dans les yeux.

Je détesterais, avant toute chose,
Ces vieux teints de rose 
Qui font peur à voir.
Je rayonnerais, sous ma tresse brune, 
Comme un clair de lune 
En capuchon noir.

Car c’est si charmant et c’est si commode, 
Ce masque à la mode, 
Cet air de langueur !
Ah ! que la pâleur est d’un bel usage ! 
Jamais le visage 
N’est trop loin du coeur.

Je voudrais encore avoir vos caprices, 
Vos soupirs novices, 
Vos regards savants.
Je voudrais enfin, tant mon coeur vous aime, 
Être en tout vous-même… 
Pour deux ou trois ans.

Il est un seul point, je vous le confesse, 
Où votre sagesse 
Me semble en défaut.
Vous n’osez pas être assez inhumaine. 
Votre orgueil vous gêne ; 
Pourtant il en faut.

Je ne voudrais pas, à la contredanse, 
Sans quelque prudence 
Livrer mon bras nu ;
Puis, au cotillon, laisser ma main blanche 
Traîner sur la manche 
Du premier venu.

Si mon fin corset, si souple et si juste,
D’un bras trop robuste
Se sentait serré, 
J’aurais, je l’avoue, une peur mortelle 
Qu’un bout de dentelle 
N’en fût déchiré.

Chacun, en valsant, vient sur votre épaule 
Réciter son rôle 
D’amoureux transi ;
Ma beauté, du moins, sinon ma pensée, 
Serait offensée 
D’être aimée ainsi.

Je ne voudrais pas, si j’étais Julie, 
N’être que jolie 
Avec ma beauté.
Jusqu’au bout des doigts je serais duchesse. 
Comme ma richesse, 
J’aurais ma fierté.

Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes, 
La plupart des hommes 
Sont très inconstants.
Sur deux amoureux pleins d’un zèle extrême, 
La moitié vous aime 
Pour passer le temps.

Quand on est coquette, il faut être sage. 
L’oiseau de passage 
Qui vole à plein coeur
Ne dort pas en l’air comme une hirondelle, 
Et peut, d’un coup d’aile, 
Briser une fleur.

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Gérard de Nerval (1808-1855) Romanticisme

Né à Paris, Gérard Labrunie prend le pseudonyme de Nerval en 1831. Il fait des études de médecine, se lie avec Gautier, mène une vie insouciante et effectue de nombreux voyages. Cet érudit bohème a sa première crise de délire en 1841. Au seuil de la misère, on retrouve l’inoubliable auteur des Filles du feu, d’Aurélia, et des Chimères pendu à une lanterne près du Châtelet.

 

Gérard de Nerval (1808-1855) Romanticisme 106806463.2

Notre Dame de Paris

Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un boeuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre 
Viendront, pour contempler cette ruine austère, 
Rêveurs, et relisant le livre de Victor : 
- Alors ils croiront voir la vieille basilique, 
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique, 
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !

 

Une allée au Luxembourg

Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C’est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait !

Mais non, – ma jeunesse est finie … 
Adieu, doux rayon qui m’as lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, – il a fui !

 

medium_Coucher_de_soleil_sous_l_Arc_de_Triomphe_-_Paris.2

 Le coucher de soleil

Quand le Soleil du soir parcourt les Tuileries
Et jette l’incendie aux vitres du château,
Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d’eau
Tout plongé dans mes rêveries !

Et de là, mes amis, c’est un coup d’oeil fort beau
De voir, lorsqu’à l’entour la nuit répand son voile,
Le coucher du soleil, – riche et mouvant tableau,
Encadré dans l’arc de l’Etoile !

 

Gaieté

Petit piqueton de Mareuil, 
Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil, 
Que ta saveur est souveraine !
Les Romains ne t’ont pas compris 
Lorsqu’habitant l’ancien Paris 
Ils te préféraient le Surène.

Ta liqueur rose, ô joli vin ! 
Semble faite du sang divin 
De quelque nymphe bocagère ;
Tu perles au bord désiré 
D’un verre à côtes, coloré 
Par les teintes de la fougère.

Tu me guéris pendant l’été 
De la soif qu’un vin plus vanté 
M’avait laissé depuis la veille ; 
Ton goût suret, mais doux aussi, 
Happant mon palais épaissi,
Me rafraîchit quand je m’éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,
Je foule d’un pied incertain
Le sentier où verdit ton pampre !…
- Et je n’ai pas de Richelet
Pour finir ce docte couplet…
Et trouver une rime en ampre.

( 18 février, 2015 )

Charles Sainte-Beuve (1804-1869)

Charles-Augustin Sainte-Beuve est un critique littéraire et écrivain français, né le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mort le 13 octobre 1869 à Paris.

Charles Sainte-Beuve (1804-1869)

La voilà, pauvre mère, à Paris arrivée…

La voilà, pauvre mère, à Paris arrivée 
Avec ses deux enfants, sa fidèle couvée ! 
Veuve, et chaste, et sévère, et toute au deuil pieux, 
Elle les a, seize ans, élevés sous ses yeux 
En province, en sa ville immense et solitaire, 
Déserte à voir, muette autant qu’un monastère, 
Où croît l’herbe au pavé, la triste fleur au mur, 
Au coeur le souvenir long, sérieux et sûr. 
Mais aujourd’hui qu’il faut que son fils se décide 
A quelque état, jeune homme et docile et timide. 
Elle n’a pas osé le laisser seul venir ;
Elle le veut encor sous son aile tenir ;
Elle veut le garder de toute impure atteinte,
Veiller en lui toujours l’image qu’elle a peinte
(Sainte image d’un père !), et les devoirs écrits
Et la pudeur puisée à des foyers chéris ;
Elle est venue. En vain chez sa fille innocente,
L’ennui s’émeut parfois d’une compagne absente,
Et l’habitude aimée agite son lien :
La mère, elle est sans plainte et ne regrette rien.
Mais si son fils, dehors qu’appelle quelque étude,
Est sorti trop long-temps pour son inquiétude,
Si le soir, auprès d’elle, il rentre un peu plus tard,
Sous sa question simple observez son regard !
Pauvre mère! elle est sûre, et pourtant sa voix tremble.
ô trésor de douleurs, – de bonheurs tout ensemble !
Car, passé ce moment, et le calme remis,
Comme aux soirs de province, avec quelques amis 
Retrouvés ici même, elle jouit d’entendre 
(Cachant du doigt ses pleurs) sa fille, voix si tendre, 
Légère, qui s’anime en éclat argenté,
Au piano, – le seul meuble avec eux apporté.

 

Pour un ami

Que de fois, près d’Oxford, en ce vallon charmant,
Ou l’on voit fuir sans fin des collines boisées
Des bruyères couper des plaines arrosées,
La rivière qui passe et le vivier dormant,

Pauvre étranger d’hier, venu pour un moment,
J’ai reconnu, parmi les maisons ardoisées,
Le riant presbytère et ses vertes croisées,
Et j’ai dit en mon coeur : Vivre ici seulement !

Hélas ! si c’est là tout, qu’est-ce donc qui m’entraîne ?
Pourquoi si loin courir ? pourquoi pas la Touraine ;
Le pays de Rouen et ses pommiers fleuris ?

Un chaume du Jura, sous un large feuillage,
Ou, bien encor plus près, quelque petit village,
D’où, par-delà Meudon, l’on ne voit plus Paris ?

 

 

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Victor Hugo (1802-1885) Romanticisme

L’auteur des Contemplations et de légende des siècles a abordé tous les genres littéraires. Poète tour à tour épique, pastoral, surréaliste avant la lettre, il est porteur de tous les courants de son siècle et des générations suivantes.

Victor Hugo (1802-1885) Romanticisme 220px-Victor_Hugo

 A l’Arc de Triomphe, (extraits)

Oh ! Paris est la cité mère ! 
Paris est le lieu solennel
Où le tourbillon éphémère 
Tourne sur un centre éternel ! 

(…)

Frère des Memphis et des Romes, 
Il bâtit au siècle où nous sommes 
Une Babel pour tous les hommes, 
Un Panthéon pour tous les dieux !

(…)

Toujours Paris s’écrie et gronde. 
Nul ne sait, question profonde ! 
Ce que perdrait le bruit du monde 
Le jour où Paris se tairait !

 

 Paris incendié, (extraits)

(extrait)

… J’accuse la Misère, et je traîne à la barre 
Cet aveugle, ce sourd, ce bandit, ce barbare, 
Le Passé ; je dénonce, ô royauté, chaos, 
Tes vieilles lois d’où sont sortis les vieux fléaux ! 
Elles pèsent sur nous, dans le siècle où nous sommes, 
Du poids de l’ignorance effrayante des hommes ; 
Elles nous changent tous en frères ennemis ; 
Elles seules ont fait le mal ; elles ont mis 
La torche inepte aux mains des souffrants implacables. 
Elles forgent les noeuds d’airain, les affreux câbles, 
Les dogmes, les erreurs, dont on veut tout lier,
Rapetissent l’école et ferment l’atelier ;
Leur palais a ce gui misérable, l’échoppe ; 
Elles font le jour louche et le regard myope ; 
Courbent les volontés sous le joug étouffant ; 
Vendent à la chaumière un peu d’air, à l’enfant 
L’alphabet du mensonge, à tous la clarté fausse ; 
Creusent mal le sillon et creusent bien la fosse ; 
Ne savent ce que c’est qu’enseigner, qu’apaiser ; 
Ont de l’or pour payer à Judas son baiser, 
N’en ont point pour payer à Colomb son voyage ; 
N’ont point, depuis les temps de Cyrus, d’Astyage, 
De Cécrops, de Moïse et de Deucalion, 
Fait un pas hors du lâche et sanglant talion ; 
Livrent le faible aux forts, refusent l’âme aux femmes, 
Sont imbéciles, sont féroces, sont infâmes ! 
Je dénonce les faux pontifes, les faux dieux, 
Ceux qui n’ont pas d’amours et ceux qui n’ont pas d’yeux ! [...]

 

 Jours de fête au environ de Paris

Midi chauffe et sème la mousse ; 
Les champs sont pleins de tambourins ; 
On voit dans une lueur douce 
Des groupes vagues et sereins.

Là-bas, à l’horizon, poudroie 
Le vieux donjon de saint Louis ; 
Le soleil dans toute sa joie 
Accable les champs éblouis.

L’air brûlant fait, sous ses haleines 
Sans murmures et sans échos, 
Luire en la fournaise des plaines
La braise des coquelicots.

Les brebis paissent inégales ; 
Le jour est splendide et dorman ; 
Presque pas d’ombre ; les cigales 
Chantent sous le bleu flamboiement.

Voilà les avoines rentrées. 
Trêve au travail. Amis, du vin ! 
Des larges tonnes éventrées 
Sort l’éclat de rire divin.

Le buveur chancelle à la table
Qui boite fraternellement.
L’ivrogne se sent véritable ;
Il oublie, ô clair firmament,

Tout, la ligne droite, la gêne, 
La loi, le gendarme, l’effroi, 
L’ordre ; et l’échalas de Surène
Raille le poteau de l’octroi.

L’âne broute, vieux philosophe ;
L’oreille est longue, l’âne en rit, 
Peu troublé d’un excès d’étoffe,
Et content si le pré fleurit.

Les enfants courent par volée. 
Clichy montre, honneur aux anciens !
Sa grande muraille étoilée
Par la mitraille des Prussiens.

La charrette roule et cahote ; 
Paris élève au loin sa voix, 
Noir chiffonnier qui dans sa hotte
Porte le sombre tas des rois.

On voit au loin les cheminées 
Et les dômes d’azur voilés ;
Des filles passent, couronnées
De joie et de fleurs, dans les blés.

 

Paris bloqué

 Ô ville, tu feras agenouiller l’histoire. 
Saigner est ta beauté, mourir est ta victoire. 
Mais non, tu ne meurs pas. Ton sang coule, mais ceux 
Qui voyaient César rire en tes bras paresseux, 
S’étonnent : tu franchis la flamme expiatoire, 
Dans l’admiration des peuples, dans la gloire, 
Tu retrouves, Paris, bien plus que tu ne perds. 
Ceux qui t’assiègent, ville en deuil, tu les conquiers. 
La prospérité basse et fausse est la mort lente ; 
Tu tombais folle et gaie, et tu grandis sanglante. 
Tu sors, toi qu’endormit l’empire empoisonneur, 
Du rapetissement de ce hideux bonheur. 
Tu t’éveilles déesse et chasses le satyre. 
Tu redeviens guerrière en devenant martyre ; 
Et dans l’honneur, le beau, le vrai, les grandes moeurs, 
Tu renais d’un côté quand de l’autre tu meurs.

 

1er janvier

Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père 
Vous adorait ; qu’il fit de son mieux sur la terre, 
Qu’il eut fort peu de joie et beaucoup d’envieux, 
Qu’au temps où vous étiez petits il était vieux, 
Qu’il n’avait pas de mots bourrus ni d’airs moroses, 
Et qu’il vous a quittés dans la saison des roses ; 
Qu’il est mort, que c’était un bonhomme clément ; 
Que, dans l’hiver fameux du grand bombardement, 
Il traversait Paris tragique et plein d’épées, 
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées, 
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ; 
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.

 

Jolies femmes

On leur fait des sonnets, passables quelquefois ;
On baise cette main qu’elles daignent vous tendre ;
On les suit à l’église, on les admire au bois ; 
On redevient Damis, on redevient Clitandre ;

Le bal est leur triomphe, et l’on brigue leur choix ;
On danse, on rit, on cause, et vous pouvez entendre, 
Tout en valsant, parmi les luths et les hautbois, 
Ces belles gazouiller de leur voix la plus tendre :

- La force est tout ; la guerre est sainte ; l’échafaud 
Est bon ; il ne faut pas trop de lumière ; il faut 
Bâtir plus de prisons et bâtir moins d’écoles ;

Si Paris bouge, il faut des canons plein les forts. -
Et ces colombes-là vous disent des paroles 
A faire remuer d’horreur les os des morts.

 

Les forts:

Ils sont les chiens de garde énormes de Paris.
Comme nous pouvons être à chaque instant surpris, 
Comme une horde est là, comme l’embûche vile 
Parfois rampe jusqu’à l’enceinte de la ville, 
Ils sont dix-neuf épars sur les monts, qui, le soir, 
Inquiets, menaçants, guettent l’espace noir, 
Et, s’entr’avertissant dès que la nuit commence, 
Tendent leur cou de bronze autour du mur immense. 
Ils restent éveillés quand nous nous endormons, 
Et font tousser la foudre en leurs rauques poumons. 
Les collines parfois, brusquement étoilées,
Jettent dans la nuit sombre un éclair aux vallées ; 
Le crépuscule lourd s’abat sur nous, masquant 
Dans son silence un piège et dans sa paix un camp ; 
Mais en vain l’ennemi serpente et nous enlace ; 
Ils tiennent en respect toute une populace 
De canons monstrueux, rôdant à l’horizon. 
Paris bivouac, Paris tombeau, Paris prison, 
Debout dans l’univers devenu solitude, 
Fait sentinelle, et, pris enfin de lassitude, 
S’assoupit ; tout se tait, hommes, femmes, enfants, 
Les sanglots, les éclats de rire triomphants, 
Les pas, les chars, le quai, le carrefour, la grève, 
Les mille toits d’où sort le murmure du rêve, 
L’espoir qui dit je crois, la faim qui dit je meurs ; 
Tout fait silence ; ô foule ! indistinctes rumeurs ! 
Sommeil de tout un monde ! ô songes insondables ! 
On dort, on oublie… – Eux, ils sont là, formidables.

Tout à coup on se dresse en sursaut ; haletant, 
Morne, on prête l’oreille, on se penche… – on entend 
Comme le hurlement profond d’une montagne. 
Toute la ville écoute et toute la campagne 
Se réveille ; et voilà qu’au premier grondement 
Répond un second cri, sourd, farouche, inclément, 
Et dans l’obscurité d’autres fracas s’écroulent,
Et d’échos en échos cent voix terribles roulent. 
Ce sont eux. C’est qu’au fond des espaces confus, 
Ils ont vu se grouper de sinistres affûts, 
C’est qu’ils ont des canons surpris la silhouette ; 
C’est que, dans quelque bois d’oû s’enfuit la chouette, 
Ils viennent d’entrevoir, là-bas, au bord d’un champ, 
Le fourmillement noir des bataillons marchant ; 
C’est que dans les halliers des yeux traîtres flamboient.

Comme c’est beau ces forts qui dans cette ombre aboient !

 

Tu rentreras comme Voltaire…

Tu rentreras comme Voltaire 
Chargé d’ans, en ton grand Paris ; 
Des Jeux, des Grâces et des Ris 
Tu seras l’hôte involontaire.

Tu seras le mourant aimé ; 
On murmurera dès l’aurore, 
A ton seuil à demi fermé, 
Déjà ! mêlé de Pas encore.

A la fois marmot et barbon, 
Tu pourras penser, joie honnête :
Je suis si bon qu’on me croit bête 
Et si bête qu’on me croit bon.

 

La sortie

L’aube froide blêmit, vaguement apparue.
Une foule défile en ordre dans la rue ; 
Je la suis, entraîné par ce grand bruit vivant 
Que font les pas humains quand ils vont en avant. 
Ce sont des citoyens partant pour la bataille. 
Purs soldats ! Dans les rangs, plus petit par la taille, 
Mais égal par le coeur, l’enfant avec fierté 
Tient par la main son père, et la femme à côté 
Marche avec le fusil du mari sur l’épaule. 
C’est la tradition des femmes de la Gaule 
D’aider l’homme à porter l’armure, et d’être là, 
Soit qu’on nargue César, soit qu’on brave Attila, 
Que va-t-il se passer ? L’enfant rit, et la femme 
Ne pleure pas. Paris subit la guerre infâme ; 
Et les Parisiens sont d’accord sur ceci 
Que par la honte seule un peuple est obscurci, 
Que les aïeux seront contents, quoi qu’il arrive, 
Et que Paris mourra pour que la France vive. 
Nous garderons l’honneur ; le reste, nous l’offrons. 
Et l’on marche. Les yeux sont indignés, les fronts 
Sont pâles ; on y lit : Foi, Courage, Famine. 
Et la troupe à travers les carrefours chemine, 
Tête haute, élevant son drapeau, saint haillon ; 
La famille est toujours mêlée au bataillon ; 
On ne se quittera que là-bas aux barrières. 
Ces hommes attendris et ces femmes guerrières
Chantent ; du genre humain Paris défend les droits. 
Une ambulance passe, et l’on songe à ces rois 
Dont le caprice fait ruisseler des rivières 
De sang sur le pavé derrière les civières. 
L’heure de la sortie approche ; les tambours 
Battent la marche en foule au fond des vieux faubourgs ; 
Tous se hâtent ; malheur à toi qui nous assièges ! 
Ils ne redoutent pas les pièges, car les pièges 
Que trouvent les vaillants en allant devant eux 
Font le vaincu superbe et le vainqueur honteux. 
Ils arrivent aux murs, ils rejoignent l’armée. 
Tout à coup le vent chasse un flocon de fumée ; 
Halte ! C’est le premier coup de canon. 
Allons ! Un long frémissement court dans les bataillons, 
Le moment est venu, les portes sont ouvertes, 
Sonnez, clairons ! Voici là-bas les plaines vertes, 
Les bois où rampe au loin l’invisible ennemi, 
Et le traître horizon, immobile, endormi, 
Tranquille, et plein pourtant de foudres et de flammes. 
On entend des voix dire : Adieu ! – Nos fusils, femmes ! 
Et les femmes, le front serein, le coeur brisé, 
Leur rendent leur fusil après l’avoir baisé.

J’ai bien aimé les rimes un peu surréalistes d’Hugo et aussi ses personnifications.

( 18 février, 2015 )

Alfred De Vigny (1797-1863) Romanticisme

Né à Loches, Vigny était le fils d’aristocrates ruinés par la Révolution. Il fut gendarme de la maison du roi au retour de Louis XVIII. De garnison en garnison, il écrivit Servitude et grandeur militaires ainsi que ses plus beaux poèmes et Cinq-Mars, un roman. Chatterton (1835) le rend célèbre. Ce grand créateur romantique et classique, poète, philosophe, cessa  de publier à quarante ans, un peu désenchanté, trouvant sa célébrité suspecte.

Alfred De Vigny (1797-1863) Romanticisme Vigny,_Alfred-Victor

 

     Paris

(…)

Des ombres de palais, de dômes et d’aiguilles,
De tours et de donjons, de clochers, de bastilles,
De châteaux-forts, de kiosks et d’aigus minarets ;
De formes de remparts, de jardins, de forêts,
De spirales, d’arceaux, de parcs, de colonnades,
D’obélisques, de ponts, de portes et d’arcades,
Tout fourmille et grandit, se cramponne en montant,
Se courbe, se replie, ou se creuse ou s’étend.
— Dans un brouillard de feu je crois voir ce grand rêve.
La Tour où nous voilà dans ce cercle s’élève ;
En le traçant jadis, c’est ici, n’est-ce pas,
Que Dieu même a posé le centre du compas ?
Le vertige m’enivre, et sur mes yeux il pèse.
Vois-je une Roue ardente, ou bien une Fournaise ? »

(…)

( 18 février, 2015 )

Marc-Antoine Désaugiers (1772-1827)

Provincial, il ne fuit la Révolution française que pour mieux la retrouver à St Domingue chef d’orchestre il fut président du théâtre Caveau puis directeur du Vaudeville sous la Restauration. Il fut l’homme le plus gai de France. 

Marc-Antoine Désaugiers (1772-1827) 220px-Desaugiers

 Tableau de Paris à cinq heures du matin

L’ombre s’évapore,

Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits d’alentour ;
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent,
Les marchés s’emplissent 
On a vu le jour.

De la Villette,
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai, 
Et de Vincenne 
Gros Pierre amène 
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Saute en bas du lit
L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille
Le fainéant bâille,
Et le savant lit.

J’entend Javotte
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant sa grêle,
Son cri se mêle
A la voix grêle
Du noir ramoneur.

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Resonne, et la bonne
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître
Regagne le sien.

Gentille, accorte,
Devant ma porte
Perette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière
Sous la gouttière
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide
Et la bouse vide,
Rentre en fulminant,
Et, sur son passage,
L’ivrogne plus sage,
Cuvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout chez Hortense
Est en cadence ;
On chante, on danse, 
Joue, et cetera…
Et, sur la pierre,
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin,
Tandis que sa belle
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays

 » Adieu donc, mon père ;
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère. 
- Adieu, mes petits. « 
Les chevaux hennissent 
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent
Les voilà partis.

Dans chaque rue
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue ;
Où donc me cacher ?
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

 

  Paris en miniature 

(…)

Là, des commères qui bavardent;

Là, des vieillards; là des enfants; 

Là des aveugles qui regardent 

Ce que leur donnent les passants;

Restaurateurs, apothicaires 

Commis, pédants, tailleurs, voleurs, 

Rimailleurs,

Ferrailleurs,

Aboyeurs,

Juges de paix et gens de guerre,

Tendrons vendus, quittés, repris…

Voilà Paris.

 

 Poèmes plutôt compréhensifs.

 

 

 

 

 

( 18 février, 2015 )

Claude Le Petit(1638-1662) Poésie érotique

Il commença ses études chez les jésuites avant de vivre de subsides dans Paris. Il s’enfuit, après un meurtre, en Italie et en Espagne, revient pour vivre de sa plume, mais ses poésie, jugées impies le conduisirent au bûcher.

 

Claude Le Petit(1638-1662) Poésie érotique  lepetit_01

 Paris ridicule 

Le Louvre, dans Paris, est une ville entiere :
C’est un grand bastiment pour le logis du Roy,
Qui demeure imparfait je ne sçay pas pourquoy.
Car le Roy peut tout faire, en diverse maniere.

Cet auguste Palais a son architecture
D’ordre corinthien du bas jusques en haut ;
Il seroit mal aisé d’en dire aucun defaut,
Sans sçavoir le dessein d’une telle structure.

Par un long Promenoir, il joint les Tuileries,
Autre palais pompeux qui n’est pas achevé,
Dans la façade où regnoit un pavé.
Devant ce grand chasteau le long des ecuries.

Aujourd’huy tout est pris avec le grand espace
Qui fait avec le reste un jardin spacieux,
Où l’on voit des jets d’eau qui sont prodigieux,
Des parterres de fleurs contre mainte terrace.

Une autre Galerie egale à la premiere,
D’une longueur extreme, enfermera partout
Plusieurs cours et chasteaux, de l’un à l’autre bout,
Sans le Jardin royal dans son idée entiere.

 

C’est un texte en vieux français donc un peut difficile à comprendre.

 

12345
« Page Précédente  Page Suivante »
|