( 18 février, 2015 )

Luc Bérimont (1915-1983)

D’origine ardennaise, journaliste, homme de radio, producteur, dénicheur de talents : une vie consacrée aux poètes et à la poésie.

 

 Je donne pour Paris

 

Poésie: Je donne, Luc Bérimont

 

C’est un poème original, que nous présente Luc Bérimont sur les capitales. 

( 18 février, 2015 )

George-Emmanuel Clancier (né en 1914)

Limousin d’origine, homme de radio, romancier, critique, il est lui-même poète avant tout. Sa poésie est profondément ancrée dans la terre, la « généalogie paysanne » ; elle chante la mémoire, l’écoulement des vies.

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-Paris espère

-Un jeune hiver se levait sur Paris

 

( 18 février, 2015 )

Alain Debroise (1911-1999)

Poète, Professeur d’Ecole normale, animateur de centres culturels.

Alain Debroise (1911-1999)  219b6fb

 

Tour Eiffel 

Tantôt, tu serais habitée

Par un million d’oiseaux.

Tantôt, tu serais habillée

De fleurs, de feuilles et de fruits.

Tantôt, tu quitterais

Paris Au beau milieu de la nuit

Pour partir seule à la mer.

Peut-être aussi penserais-tu

A inviter les pyramides

Au moins une fois l’an

Et vous ririez bien ensemble

D’ébahir les Parisiens

Qui ne croient jamais à rien.

 

J’ai bien aimé les vers de ce poème et notamment les rimes de ces deux derniers vers.

( 18 février, 2015 )

André Frénaud (1907-1993)

Né à Montceau-les-Mines, il fait ses études de philosophie et de droit à Paris. Fonctionnaire dans une administration publique de 1937 à 1967, il publie exclusivement des poèmes. Il reçoit le Grand Prix National de poésie en 1985. Citons de lui : Il n’y a pas de paradis, 1962, La Sainte Face, 1985, La Sorcière de Rome.

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-Suite de Paris

 

( 18 février, 2015 )

Paul Valet (190-1987)

Médecin dans la banlieue parisienne, il a participé à la Résistance. Une poésie souvent amère, virulente. Un combat contre l’hypocrisie sociale, de l’ironie, de la tendresse dans Les Poings sur les i, Table rase, La Parole qui me porte, Parole d’assaut.

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-Soir de Paris

 

( 18 février, 2015 )

Henri Callet (1904-1956)

Après Avoir fait ses études et exercé plusieurs petits métiers, il voyage beaucoup. Mais c’est surtout Paris qui l’a toujours attiré, en particulier le Paris populaire. Industriel puis journaliste de presse et de radio, et de télévision, il est l’auteur, entre autres, de Monsieur Paul, Les Grandes largeurs, De ma lucarne.

Henri Callet (1904-1956) calet

 

De ma lucarne (Extrait)

 

« Un service d’ordre terrible s’était mis en place… L’orateur, un grand jeune homme blond, ancien parachutiste de la Légion étrangère, nous a déclaré d’emblée qu’il vomissait la politique, qu’il fallait balayer les pourris, les lâches et les traitres… Tous en Haute Cour et pour finir dans les fossés de Vincennes.

A plusieurs reprises, il a fait allusion à son Thompson (j’ai cru comprendre que c’est une espèce de revolver ou de mitraillette). Il en voulait particulièrement à Mendès (qu’il se refusait à appeler : France), à Sartre et au Juifs dans leur ensemble, ce qui provoquait les bravos d’une bonne partie de l’auditoire. Les regards devenaient haineux.

A la fin du discours du parachutiste, le marchand de tableaux et le navigateur ont demandé la parole, pour essayer de prendre la défense de certaines catégories de Juifs. Alors, les sectateurs … se sont déchainés contre eux deux qui tenaient tête avec courage. Il y eut un moment de confusion extrême…

Tout cela m’a remis en mémoire des scènes semblables auxquelles j’avais assisté à Berlin, dans les années 32 et 33. « 

 

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Il n’est ici question que d’amour, de l’amour qu’un écrivain porte à une ville, sa ville. Calet est uni à Paris, c’est l’un des thèmes essentiels de son œuvre. Il entend en montrer toutes les faces, les plus cocasses comme les plus pathétiques, mais surtout, par une apologie du quotidien qui dévoile tout – la grandeur et le moindre -, Calet hausse jusqu’à sa vraie hauteur la ville de son pas et de ses rêves. Les lieux pittoresques abondent, l’étrange est là, prêt au contrepoint. L’art du conteur qui se donne libre cours dans De ma lucarne compose une sorte de périple rêveur au cours duquel Calet opère dans Paris vu de haut des préemptions pleines de tendresse.

( 18 février, 2015 )

Jean Tardieu (1903-1995)

Né dans l’Ain, Jean Tardieu fait ses études à Paris. Il devient rédacteur aux Musées Nationaux, puis chez Hachette jusqu’en 1939. Après la guerre il entre à la Radiodiffusion française. Il a traduit Goethe et Hölderlin. Auteur dramatique, il est l’auteur en poésie de L’accent grave et l’accent aigu, Le fleuve caché, La part de l’ombre, Margeries…

Jean Tardieu (1903-1995)

 

Le matin des oiseaux

A l’approche du matin,
il se fait une dispute
dans les arbres de Paris :

le moineau de Montparnasse
dit »c’est le jour d’aujourd’hui »

Le merle du Luxembourg
dit » Messieurs, voici le jour »

La chouette de Montsouris,
par la lumière chassée
pleure, pleure « Hui ! Hui ! Hui ! »

Comment disent, loin d’ici,
les rossignols de village

 

Ce qui n’est pas

petit printemps comme il fait beau
songez à tout ce qui n’est pas.

 

Nous pourrions être anthropophages
et nous manger au restaurant,
à chaque rue à chaque pas
il pourrait s’ouvrir un abîme,
nous pourrions perdre la mémoire
les gens d’une même famille
s’égorgeraient dans les tavernes
et le soir autour de la lampe
ils ne se reconnaîtraient pas.

 

Le ciel pourrait être invisible
il pourrait pleuvoir des crapauds
on pourrait mourir en naissant
on pourrait mourir en aimant
le soleil pourrait être noir
et les fruits gonflés de poison.

 

L’eau des fleuves pourrait bouillir
et le bain serait donc mortel
et les lèvres de l’amoureuse
seraient couvertes de serpents
et dans les jours du bel été
on entendrait des voix géantes
nous annoncer qu’il est trop tard…

 

Mais rien de la nuit de l’esprit
ne descend jusque dans ma main
et j’aime Paris sous la brume
le petit printemps de dimanche
le roulement des voitures
mon pas sur le macadam
mon regard dans le matin.

 

La Seine de Paris

De ceux qui préférant à leurs regrets les fleuves et à leurs souvenirs les profonds monuments aiment l’eau qui descend au partage des villes, la Seine de Paris me sait le plus fidèle à ses quais adoucis de livres. Pas un souffle qui ne vienne vaincu par les mains des remous sans me trouver prêt à le prendre et la relire dans ses cheveux le chant des montagnes, pas un silence dans les nuits d’été où je me glisse comme une feuille entre l’air et le flot, pas une aile blanche d’oiseau remontant de la mer ne longe le soleil sans m’arracher d’un cri strident à ma pesanteur monotone ! Les piliers sont lourds après le pas inutile et je plonge par eux jusqu’à la terre et quand je remonte et ruisselle et m’ébroue, j’invoque un dieu qui regarde aux fenêtres et brille de plaisir dans les vitres caché. Protégé par ses feux je lutte de vitesse en moi-même avec l’eau qui  ne veut pas attendre et du fardeau des bruits de pas et de voitures et de marteaux sur des tringles et de voix tant de rapidité me délivre… les quais et les tours sont déjà loin lorsque soudain je les retrouve, recouvrant comme les siècles, avec autant d’amour et de terreur, vague après vague, méandres de l’esprit la courbe de mon fleuve.

 

Ces poèmes sont truffés de notes d’humour décalées.

 

( 18 février, 2015 )

Raymond Queneau (1903-1995) Surréalisme

Né au Havre, il vient à Paris poursuivre des études de lettres. Lié aux surréalistes, il devient Satrape du Collège de pataphysique, directeur de l’Encyclopédie de la pléiade, académicien Goncourt. Citons de lui Chêne et chien, Courir les rues, L’instant fatal.

Raymond Queneau (1903-1995) Surréalisme  Raymond_Queneau

 

Le petit peuple des statues

Le petit peuple des statues

Au Jardin des Tuileries

Est un petit peuple de nudistes

Ces messieurs et ces dames

Se mettent volontiers à poil

Bien qu’il y ait là des enfants

Et des touristes à l’âme pure

 

Et les pigeons leur chient dessus

Sur le petit peuple des statues

 

Cris de Paris

On n’entend plus guère le repasseur de couteaux

le réparateur de porcelaines

le rempailleur de chaiseson

n’entend plus guère que les radios qui bafouillent

des tourne-disques des transistors

et des télésou bien encore le faible

aye aye ouye ouyeque pousse un piéton écrasé

 

La rue Galilée 

Pourquoi n’a-t-on jamais chanté
la rue Galilée
La rue Galilée pleine de dahlias
La rue Galilée pleine d’hortensias
La rue Galilée aux nobles frontons
La rue Galilée aimée des piétons
La rue Galilée bordée de canaux
La rue Galilée chérie des autos
La rue Galilée terriblement belle
La rue Galilée qui est vraiment celle
qu’il me faut chanter
en prose et en vers
à tout l’Univers
la rue Croix-Nivert

L’Amphion

Le 
Paris que vous aimâtes n’est pas celui que nous aimons et nous nous dirigeons sans hâte vers celui que nous oublierons

Topographies! itinéraires! dérives à travers la ville 
I souvenirs des anciens horaires! que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux on ne nous comprendra plus car tout ceci n’est que jeu et l’oubli d’un temps perdu

 

 Mon beau Paris

Maisons lépreuses

maison cholérique

maisons empestées bâtisses

fienteuses immeubles

atteints de rougeole

de scarlatine

de vérole pavillons chlorotiques

pavillons scrofuleux

pavillons rachitiques

hôtels particuliers

Constipés baraques taudis

 

Ces poèmes de Raymond Queneau sont plutôt tristes. 

( 18 février, 2015 )

Jacques Prévert (1900-1977) Surréalisme

Poète et scénariste français. Il participa au mouvement surréaliste. Ses poèmes se caractérisent par des jeux sur les mots et le travail poétique du langage courant.

 

Le Jardin

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Paris At night

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Immense et rouge

 

 

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Chanson de la Seine 

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Ces poèmes sont plutôt simples et courts et parfois rimés. 

( 18 février, 2015 )

Robert Desnos (1900-1945) Surréalisme

Mobilisé en 1939, il rejoint la résistance en 1942. Déporté, il meurt peu après la libération du camp de Terezin. Son œuvre, pleine de fantaisie et d’une grande liberté d’esprit, est multiple. Citons Corps et biens, Destinée arbitraire, Fortunes, Chantefables et Chantefleurs. Robert Desnos à toujours habité à Paris, il en fera souvent mention dans ses poèmes.

Robert Desnos (1900-1945) Surréalisme  Robert+Desnos

 

Couplet de la rue de Bagnolet

Le soleil de la rue de Bagnolet
N’est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C’est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu’aux portes des palais,
Soleil, soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Soleil d’hiver et de printemps,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.

 

Quartier Saint-Merri

Au coin de la rue de la Verrerie
Et de la rue Saint-Martin
Il y a un marchand de mélasse.

Un jour d’avril, sur le trottoir
Un cardeur de matelas
Glissa, tomba, éventra l’oreiller qu’il portait.

Cela fit voler des plumes
Plus haut que le clocher de Saint-Merri.
Quelques-unes se collèrent aux barils de mélasse.

Je suis repassé un soir par là,
Un soir d’avril,
Un ivrogne dormait dans le ruisseau.

La même fenêtre était éclairée.
Du côté de la rue des Juges-Consuls
Chantaient des gamins.

Là, devant cette porte, je m’arrête.
C’est de là qu’elle partit.
Sa mère échevelée hurlait à la fenêtre.

Treize ans, à peine vêtue,
Des yeux flambant sous des cils noirs,
Les membres grêles.

En vain le père se leva-t-il
Et vint à pas pesants,
Traînant ses savates,

Attester de son malheur
Le ciel pluvieux.
En vain, elle courait à travers les rues.

Elle s’arrêta un instant rue des Lombards
À l’endroit exact où, par la suite,
Passa le joueur de flûte d’Apollinaire.

Du cloître Saint-Merri naissaient des rumeurs.
Le sang coulait dans les ruisseaux,
Prémice du printemps et des futures lunaisons.

L’horloge de la Gerbe d’Or
Répondait aux autres horloges,
Au bruit des attelages roulant vers les Halles.

La fillette à demi nue
Rencontra un pharmacien
Qui baissait sa devanture de fer.

Les lueurs jaune et verte des globes
Brillaient dans ses yeux,
Les moustaches humides pendaient.

— Que fais-tu, la gosse, à cette heure, dans la rue ?
Il est minuit,
Va te coucher.

— Dans mon jeune temps, j’aimais traîner la nuit
J’aimais rêver sur des livres, la nuit.
Où sont les nuits de mon jeune temps ?

— Le travail et l’effort de vivre
M’ont rendu le sommeil délicieux.
C’est d’un autre amour que j’aime la nuit.

Un peu plus loin, au long d’un pont
Un régiment passait
Pesamment.

Mais la petite fille écoutait le pharmacien.
Liabeuf ou son fantôme maudissait les menteurs
Du côté de la rue Aubry-le-Boucher.

— Va te coucher petite
Les horloges sonnent minuit,
Ce n’est ni l’heure ni l’âge de courir les rues.

L’eau clapotait contre un ponton
Trois vieillards parlaient sous le pont
L’un disait oui et l’autre non.

— Oui le temps est court, non le temps est long…
— Le temps n’existe pas dit le troisième.
Alors parut la petite fille.

En sifflotant le pharmacien
S’éloignait dans la rue Saint-Martin
Et son ombre grandissait.

— Bonjour petite dit l’un des vieux
— Bonsoir dirent les deux autres
— Vous sentez mauvais dit la petite.

Le régiment s’éloignait dans la rue Saint-Jacques,
Une femme criait sur le quai,
Sur la berge un oiseau blessé sautillait.

— Vous sentez mauvais dit la petite
— Nous sentirons tous mauvais, dit le premier vieillard
Quand nous serons morts.

— Vous êtes morts déjà, dit la petite
Puisque vous sentez mauvais !
Moi seule ne mourrai jamais.

On entendit un bruit de vitre brisée.
Presque aussitôt retentit
La trompe grave des pompiers.

Des lueurs se reflétaient dans la Seine.
On entendit courir des hommes,
Puis ce fut le bruit de la foule.

Les pompes rythmaient la nuit,
Des rires se mêlaient aux cris,
Un manège de chevaux de bois se mit à fonctionner.

Chevaux de bois ou cochons dorés
Oubliés sur le parvis
Depuis la dernière fête.

Charlemagne rougeoyait,
Impassibles les heures sonnaient,
Un malade agonisait à l’Hôtel-Dieu.

L’ombre du pharmacien
Qui s’éloignait vers Saint-Martin-des-Champs
Épaississait la nuit.

Les soldats chantaient déjà sur la route :
Des paysans pour les voir
Collaient aux fenêtres leurs faces grises.

La petite fille remontait l’escalier
Qui mène de la berge au quai.
Une péniche fantôme passait sous le pont.

Les trois vieillards se préparaient à dormir
Dans les courants d’air au bruit de l’eau.
L’incendie éventrait ses dernières barriques.

Les poissons morts au fil de l’eau
Flèches dans la cible des ponts,
Passaient avec des reflets.

Tintamarre de voitures
Chants d’oiseaux
Son de cloche

— Ho ! petite fille
Ta robe tombe en lambeaux
On voit ta peau.

— Où vas-tu petite fille ?
— C’est encore toi le pharmacien
Avec tes yeux ! ronds comme des billes !

Détraqué comme une vieille montre,
Là-bas, sur le parvis Notre-Dame
Le manège hennissait sa musique.

Des chevaux raides se cabraient aux carrefours.
Hideusement nus,
Les trois vieillards s’avançaient dans la rue.

Au coin des rues Saint-Martin et de la Verrerie
Une plume flottait à ras du trottoir
Avec de vieux papiers chassés par le vent.

Un chant d’oiseau s’éleva square des Innocents.
Un autre retentit à la Tour Saint-Jacques.
Il y eut un long cri rue Saint-Bon

Et l’étrange nuit s’effilocha sur Paris.

 

Ces poèmes m’ont beaucoup surpris, je l’ai ai trouvé très étranges.

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