( 18 février, 2015 )

Paul Verlaine (1844-1896) Poètes maudits

Né à Metz, il publia ses premiers poèmes dans le Parnasse contemporain (1863) et le Progrès. Il se lia avec Banville, Baudelaire, Hugo et publia ses Poèmes saturnies en 1866. Il se maria en 1870 et rédigea La Bonne Chanson. Condamné à deux ans de prison pour avoir tenté de tuer Arthur Rimbaud de deux coups de revolver, il se convertit, composa Romances sans paroles et Sagesse. A sa libération, il sombra rapidement dans la misère et l’alcoolisme, malgré son succès.

 Paul Verlaine (1844-1896) Poètes maudits Paul_Verlaine_2

 

 

Un peu de bâtiment

Dans ce Paris si laid moderne, il est encore 
Ou plutôt il était, car tout se déshonore. 
Il était quelques coins pittoresques, ô non !
Mais drôles d’horreur fade et de terreur sans nom
Aucun. Je veux parler de feu les terrains vagues,
Saint-Ouen, Montrouge, d’autres peut-être où les vagues
De foule bête n’avaient osé déferler.Eugène 
Sue and C » surent en bien parler,
Henri Monnier aussi, mais de façon badine,
Lui… Mais, quoi, nous voyons, de nos jours, que lutine
La fièvre de bâtir pour voler en surplus.
Là s’élever, en plâtre, à sept étages, plus
Peut-être, des maisons de rapport, parodie
De celles du Paris intérieur, aussi
Laides et d’un aspect vil aussi réussi.
Ça fleure le malsain, ça prédit la misère :
Termes dus, fièvre thyphoïde, ça vous serre
Le cœur d’une pitié qui serait du mépris…
Cependant, dès que c’est dressé, les maçons pris 
De vin chantent La Marseillaise, air neuf encore,
Et plantent là-dessus le drapeau tricolore.

 

Croquis Parisiens

La lune plaquait ses teintes de zinc 
Par angles obtus. 
Des bouts de fumée en forme de cinq 
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus. 

Le ciel était gris. La bise pleurait 
Ainsi qu’un basson. 
Au loin, un matou frileux et discret 
Miaulait d’étrange et grêle façon. 

Moi, j’allais, rêvant du divin Platon 
Et de Phidias, 
Et de Salamine et de Marathon, 
Sous l’œil clignotant des bleus becs de gaz. 

 

J’ai bien aimé ce poème et l’ayant récité il m’était déjà connu. 

 

Paris

Paris n’a de beauté qu’en son histoire, 
Mais cette histoire est belle tellement !
La Seine est encaissée absurdement, 
Mais son vert clair à lui seul vaut la gloire.

Paris n’a de gaîté que son bagout,
Mais ce bagout, encor qu’assez immonde, 
Il fait le tour des langages du monde, 
Salant un peu ce trop fade ragoût.

Paris n’a de sagesse que le sombre 
Flux de son peuple et de ses factions, 
Alors qu’il fait des révolutions 
Avec l’Ordre embusqué dans la pénombre.

Paris n’a que sa Fille de charmant 
Laquelle n’est au prix de l’Exotique 
Que torts gentils et vice peu pratique 
Et ce quasi désintéressement.

Paris n’a de bonté que sa légère 
Ivresse de désir et de plaisir, 
Sans rien de trop que le vague désir 
De voir son plaisir égayer son frère.

Paris n’a rien de triste et de cruel 
Que le poëte annuel ou chronique, 
Crevant d’ennui sous l’oeil d’une clinique 
Non loin du vieil ouvrier fraternel.

Vive Paris quand même et son histoire
Et son bagout et sa Fille, naïf
Produit d’un art pervers et primitif,
Et meure son poëte expiatoire !

 

Nouvelles variations sur le point du jour 

 Le Point du Jour, le point blanc de Paris, 

Le seul point blanc, grâce à tant de bâtisse 
Et neuve et laide et que je t’en ratisse, 
Le Point du Jour, aurore des paris !

Le bonneteau fleurit  » dessur  » la berge, 
La bonne tôt s’y déprave, tant pis 
Pour elle et tant mieux pour le birbe gris 
Qui lui du moins la croit encore vierge.

Il a raison le vieux, car voyez donc 
Comme est joli toujours le paysage ; 
Paris au loin, triste et gai, fol et sage, 
Et le Trocadéro, ce cas, au fond,

Puis la verdure et le ciel et les types 
Et la rivière obscène et molle, avec 
Des gens trop beaux, leur cigare à leur bec :
Épatants ces metteurs-au-vent de tripes !

 

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