( 18 février, 2015 )

Jules Laforgue (1860-1887) Symbolisme

   Né à Montevideo, Laforgue passe son enfance à Tarbes. Il vient à Paris en 1876 puis devient ensuite lecteur de l’Impératrice d’Allemagne, demeurant six ans à Berlin avant son retour à Paris où il meurt de tuberculose. Citons Les Complaintes, 1885, Des fleurs de bonne volonté.  

 

Jules Laforgue (1860-1887) Symbolisme  laforg01

 

 Ballade de retour

 

     Le Temps met Septembre en sa hotte,
Adieu, les clairs matins d’été!
Là-bas, l’Hiver tousse et grelotte
En son ulster de neige ouaté.
Quand les casinos ont jeté
Leurs dernières tyroliennes,
La plage est triste en vérité!
Revenez-nous, Parisiennes!

   Toujours l’océan qui sanglote
Contre les brisants irrités,
Le vent d’automne qui marmotte
Sa complainte à satiété,
Un ciel gris à perpétuité,
Des averses diluviennes,
Cela doit manquer de gaieté!
Revenez-nous, Parisiennes!

-          Hop! le train siffle et vous cahote!
Là-bas, c’est Paris enchanté,
Où tout l’hiver on se dorlote :
C’est l’opéra, les fleurs, le thé,
Ô folles de mondanité
Allons ! Rouvrez les persiennes
De l’hôtel morne et déserté!
Revenez-nous, Parisiennes!

 

La petite infanticide

 

Ô saisons d’Ossian, ô vent de province,
Je mourrais encor pour peu que t’y tinsses
Mais ce serait de la démence
Oh! je suis blasée
Sur toute rosée

Le toit est crevé, l’averse qui passe
En évier public change ma paillasse,
Il est temps que ça cesse

Les gens d’en bas
Et les voisins se plaignent
Que leur plafond déteigne

Oh! Louis m’a promis, car je suis nubile
De me faire voir Paris la grand ville
Un matin de la saison nouvelle
Oh ! mère qu’il me tarde
D’avoir là ma mansarde…

Des Édens dit-il, des belles musiques
Où des planches anatomiques passent…
Tout en faisant la noce
Et des sénats de ventriloques

Dansons la farandole
Louis n’a qu’une parole

Et puis comment veut-on que je précise
Dès que j’ouvre l’oeil tout me terrorise.
Moi j’ai que l’extase, l’extase

Tiens, qui fait ce vacarme ?…
Ah ! ciel le beau gendarme
Qui entr’ par la lucarne.

Taïaut! taïaut ! À l’échafaud !

Et puis on lui a guillotiné son cou,
Et ça n’a pas semblé l’affecter beaucoup
(de ce que ça n’ait pas plus affecté sa fille)
Mais son ami Louis ça lui a fait tant de peine
Qu’il s’a du pont des Arts jeté à la Seine

Mais un grand chien terr’ neuve
L’a retiré du fleuve

Or justement passait par là
La marquise de Tralala,
Qui lui a offert sa main
D’un air républicain.

 

 

        Dans la rue

Dans la rue

C’est le trottoir avec ses arbres rabougris.
Des mâles égrillards, des femelles enceintes, 
Un orgue inconsolable ululant ses complaintes, 
Les fiacres, les journaux, la réclame et les cris.

Et devant les cafés où des hommes flétris
D’un oeil vide et muet contemplaient leurs absinthes 
Le troupeau des catins défile lèvres peintes 
Tarifant leurs appas de macabres houris.

Et la Terre toujours s’enfonce aux steppes vastes,

Toujours, et dans mille ans Paris ne sera plus 
Qu’un désert où viendront des troupeaux inconnus.

Pourtant vous rêverez toujours, étoiles chastes,
Et toi tu seras loin alors, terrestre îlot
Toujours roulant, toujours poussant ton vieux sanglot.

 

Locution des Pierrots      

                   Locutions des Pierrots, XIV

Les mains dans les poches, 
Le long de la route, 
J’écoute
Mille cloches
Chantant :  » les temps sont proches ; 
 » Sans que tu t’en doutes ! «  

Ah ! Dieu m’est égal ! 
Et je suis chez moi ! 
Mon toit
Très-natal
C’est Tout. Je marche droit, 
Je fais pas de mal.

Je connais l’Histoire, 
Et puis la Nature
Ces foires
Aux ratures ;
Aussi je vous assure 
Que l’on peut me croire !

 

Ce sont des poèmes modernes.

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